Appellation de l’hôpital Jean Bouveri de Montceau/Saint Vallier
Dans l’article paru hier sur Montceau News, Claude Vermorel s’inquiète de voir le nom de Jean Bouveri s’effacer des courriers et de la communication de l’hôpital. Le CODEF avait déjà soulevé la question. Entre usage administratif, histoire locale et attachement des habitants, il est temps d’obtenir une réponse claire de l’établissement.
Il suffit parfois de regarder un en-tête de courrier pour voir surgir une question bien plus grande que le papier sur lequel il est imprimé. Claude Vermorel, conseiller municipal de Saint-Vallier, constate que l’appellation « Centre hospitalier de Montceau » prend la place, dans certaines communications, du nom de Jean Bouveri. Il s’interroge aussi sur sa présence au fronton de l’hôpital. Le CODEF, collectif d’usagers, avait déjà alerté publiquement sur cet effacement qu’il jugeait progressif. Ils ne sont vraisemblablement pas les seuls à se demander ce que devient ce nom.
La question touche une histoire précise. Jean Bouveri fut mineur, syndicaliste, maire de Montceau-les-Mines et parlementaire. Selon l’inventaire régional du patrimoine, l’hôpital-hospice, institué en 1920, a pris son nom en 1927 : Bouveri en avait été le fondateur et le président du conseil d’administration. Le site de l’hôpital rappelle lui-même la délibération du 5 décembre 1927 approuvant cette dénomination. Ce nom ne fut donc pas choisi pour embellir une façade. Il raconte une part de la naissance de l’établissement.
Un effacement constaté dans les usages, mais aucune décision établie. Il faut distinguer deux choses. Le site de l’établissement se présente aujourd’hui sous le nom de « Centre hospitalier de Montceau », tandis que sa page consacrée à l’histoire de l’hôpital conserve celui de Jean Bouveri. Plus révélateur encore, un rapport de certification de la Haute Autorité de santé emploie « Centre hospitalier Jean Bouveri – Galuzot » pour identifier l’établissement juridique. Ces documents montrent une coexistence des appellations. Ils ne prouvent ni qu’une décision officielle a supprimé le nom, ni qu’il figure encore sur tous les supports destinés aux patients. Claude Vermorel évoque une initiative venue de l’ARS. À ce stade, aucun document vérifié ne permet de lui en attribuer l’origine. C’est précisément pourquoi il serait utile que la direction de l’hôpital et l’agence répondent publiquement : quelle est la dénomination retenue aujourd’hui, qui a décidé de l’usage de « Centre hospitalier de Montceau », et quelle place le nom Jean Bouveri doit-il conserver sur la façade, les courriers, le site et l’accueil téléphonique ?
À Chalon, à Lyon ou à Paris, les noms demeurent visibles. La comparaison proposée par Claude Vermorel mérite d’être prise au sérieux. À Chalon-sur-Saône, l’établissement se présente officiellement comme le « Centre hospitalier William Morey ». À Paris, l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris continue de désigner « l’Hôpital européen Georges-Pompidou » sous ce nom. Une identité géographique et un nom de personne peuvent donc parfaitement cohabiter dans la communication d’un grand établissement de santé. Cette inquiétude n’a rien d’abstrait. À Granville, le nom de Paul Poirier, enfant du pays, a disparu de l’appellation de l’hôpital au fil de ses changements de nom et de ses regroupements. À Lyon, l’ancien hôpital Jules-Courmont est devenu, après fusion, l’hôpital Lyon Sud : Courmont demeure dans un secteur et dans la mémoire du site, mais plus dans le nom que tout le monde prononce. Personne n’a nécessairement voulu effacer ces hommes. Pourtant, quand le nom familier quitte l’en-tête, la façade ou la conversation, il faut ensuite ouvrir un livre d’histoire pour retrouver ce qu’il racontait. Est-ce vraiment ce que nous souhaitons pour Jean Bouveri ?
L’exemple chalonnais est particulièrement parlant pour notre bassin : on comprend où se trouve l’hôpital, sans perdre le nom qui le distingue. Pourquoi serait-il impossible d’écrire, ici, « Centre hospitalier Jean Bouveri de Montceau-les-Mines, situé à Saint-Vallier » ? L’adresse serait claire pour les patients et l’histoire resterait lisible pour tous.
Claude Vermorel pense que sur le fond, un nom porté depuis près d’un siècle par un hôpital du bassin minier mérite au moins une explication si son usage public change.
Personne ne se soigne grâce à un en-tête de lettre. Les habitants attendent d’abord des médecins, des personnels et des services accessibles. Cela n’oblige pas à traiter la mémoire comme une ligne superflue dans un modèle de courrier. Une réponse simple, accompagnée d’un usage clair et constant du nom, permettrait de lever le doute. Après tout, pour retrouver le chemin de l’hôpital, nous avons des panneaux. Pour savoir d’où il vient, nous avons Jean Bouveri.
Gilles Desnoix



