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vendredi 26 juin 2026 à 04:52

Géopolitique : le mot qui gouverne le monde



 

 

À longueur d’éditions spéciales, de Breaking news et de gros titres, un mot revient sans cesse : géopolitique. Guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, rivalités entre grandes puissances, accès à l’eau, au pétrole ou aux métaux stratégiques… Les médias l’invoquent quotidiennement sans toujours en expliquer le sens profond, les mécanismes ou les conséquences concrètes sur notre vie quotidienne. Derrière ce terme devenu incontournable se cache pourtant l’une des clés essentielles pour comprendre la marche du monde. Qu’est-ce que la géopolitique ? Qui l’a fait ? Quels intérêts défend-elle ? Et pourquoi influence-t-elle jusqu’au prix de notre carburant ou de notre alimentation ? Montceau News a décidé d’éclairer la lanterne de ses lecteurs.

La géopolitique sert avant tout à comprendre comment les acteurs (États, organisations, entreprises, groupes armés, ONG, peuples, etc.) utilisent le pouvoir dans l’espace pour défendre leurs intérêts, leur sécurité, leur prospérité ou leur influence.

Ce n’est pas seulement l’étude des frontières ou des guerres. C’est une grille de lecture du monde.

À quoi sert la géopolitique ?

La géopolitique permet de comprendre pourquoi des pays s’allient ou s’opposent, pour quelles raisons certaines régions deviennent des foyers de tension, comment l’accès aux ressources (eau, pétrole, minerais, terres agricoles) influence les décisions politiques, en quoi les routes maritimes, les détroits, les câbles sous-marins ou les satellites sont stratégiques et comment le climat, les migrations, les pandémies ou les nouvelles technologies modifient les rapports de force. Par exemple, la guerre entre la Russie et l’Ukraine ne peut être comprise uniquement par l’histoire ou l’idéologie. Elle implique aussi la sécurité, les frontières, les ressources, les alliances militaires, les équilibres régionaux. La géopolitique cherche à relier tous ces éléments.

Les Français comprennent-ils la géopolitique ?

Oui et non, mais la géopolitique est devenue beaucoup plus populaire en France depuis les années 2000, notamment grâce à l’enseignement scolaire, aux médias, aux chaînes spécialisées, aux conflits récents. La France possède d’ailleurs une tradition géopolitique importante avec des chercheurs comme Yves Lacoste, qui a popularisé l’idée selon laquelle « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. ». Cependant, beaucoup de citoyens assimilent encore la géopolitique à la diplomatie, aux conflits militaires, aux relations internationales, ce qui est restrictif comme vision car elle englobe également l’économie, l’énergie, les technologies, l’environnement, la démographie, la culture.

Quels sont les grands enjeux géopolitiques actuels ? D’abord, la rivalité des grandes puissances, principalement entre les États-Unis, la Chine, la Russie. Il s’agit d’une compétition économique, technologique, militaire, diplomatique. Ensuite, l’accès aux ressources, par exemple pour le pétrole, le gaz, le lithium, le cobalt, les terres rares, l’eau, parce que les transitions énergétiques créent de nouvelles dépendances. En troisième, nous trouvons le changement climatique. Le climat devient un facteur géopolitique majeur dont les conséquences sont des déplacements de populations, des tensions sur l’eau, des crises alimentaires, une ouverture de nouvelles routes maritimes dans l’Arctique. En quatrième arrive la maîtrise des technologies. Les États cherchent à contrôler l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les réseaux numériques, les satellites, la cybersécurité. Puis viennent les questions démographiques. En effet, certaines régions vieillissent comme le Japon ou l’Italie, pendant que d’autres connaissent une forte croissance comme le Nigéria ou l’Inde. Ces évolutions influencent l’économie, les migrations, le poids politique.

La géopolitique est-elle une construction occidentale ? La réponse est complexe. On peut répondre oui dans sa formulation moderne. La géopolitique comme discipline universitaire apparaît principalement en Europe à la fin du XIXe siècle. Elle est développée notamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. Elle s’appuie alors sur les États-nations, les empires, les rivalités territoriales.

Mais on peut aussi répondre non, dans son principe, car toutes les civilisations ont développé des réflexions géopolitiques. En Chine, des penseurs comme Sun Tzu réfléchissaient déjà aux alliances, aux rapports de force, à l’influence indirecte. En Inde, le traité Arthashastra (traité ancien de politique, d’économie et de stratégie militaire) analyse les États voisins, les alliances, les équilibres de puissance. Dans le monde arabe, des penseurs comme Ibn Khaldoun étudiaient déjà les dynamiques de pouvoir, les cycles politiques, les territoires. La géopolitique existe donc sous des formes multiples depuis longtemps.

Tous les pays raisonnent-ils géopolitiquement ? Oui, mais pas de la même manière. Tous les États ont des intérêts, des contraintes, des objectifs. Cependant leurs moyens diffèrent énormément. Si l’on prend les grandes puissances, elles pensent à l’échelle mondiale. Par exemple les États-Unis et la Chine, leurs stratégies concernent tous les continents, tous les océans, mais aussi l’espace, le numérique. Les puissances régionales, comme la Turquie, le Brésil ou l’Arabie saoudite, cherchent surtout à influencer leur environnement régional. Les petits États privilégient souvent les alliances, la neutralité, les organisations internationales c’est ainsi que procèdent certains petits pays comme Singapour ou la Suisse

Existe-t-il différentes conceptions de la géopolitique ? La question mérite d’être posée. Oui, car on peut distinguer plusieurs visions. D’abord la vision réaliste pour qui le monde est principalement gouverné par les rapports de force et les États cherchent essentiellement à assurer leur sécurité et à affirmer leur puissance.   Ensuite, la vision libérale pour qui la coopération est possible grâce au commerce, aux institutions, aux règles internationales. On la retrouve notamment dans des structures comme l’Organisation des Nations unies ou l’Union européenne. Puis, il existe aussi une vision civilisationnelle dans laquelle certains acteurs considèrent que les identités culturelles ou religieuses structurent le monde. Et enfin, nous trouvons une vision critique qui insiste sur les héritages coloniaux, les inégalités, les rapports Nord-Sud, les dominations économiques.

La géopolitique produit-elle seulement des conflits ? Non, mais il est vrai que l’on associe souvent la géopolitique aux guerres, mais elle produit aussi des coopérations avec des accords commerciaux, des accords climatiques, des coopérations scientifiques, des luttes contre les pandémies. Elle produit également des interdépendances, par exemple aujourd’hui une voiture peut être conçue en Europe, contenir des composants asiatiques, utiliser des minerais africains, être financée par des capitaux américains. Cette interdépendance crée autant de coopération que de vulnérabilités. Se créent aussi grâce à elle des synergies par lesquelles les États peuvent coopérer pour sécuriser des routes maritimes, produire de l’énergie, partager des technologies, protéger l’environnement. La géopolitique n’est donc pas seulement la compétition ; c’est aussi l’organisation de la coopération.

Une question fondamentale peut émerger, la géopolitique explique-t-elle toute la marche du monde ? Non, mais elle en éclaire une grande partie. La géopolitique aide à comprendre comment les intérêts collectifs, les ressources, les territoires et les rapports de puissance influencent les décisions. Cependant le monde est aussi façonné par les idées, les croyances, les innovations, les mouvements sociaux, les choix individuels, les accidents historiques.

La géopolitique est donc moins une théorie totale qu’un outil de lecture du réel. Elle permet de voir que derrière la plupart des événements internationaux se trouvent des questions de pouvoir, de territoire, de ressources, d’identité ou de sécurité, mais elle ne suffit pas à elle seule à expliquer toute la complexité des sociétés humaines.

 

Gilles Desnoix

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