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lundi 22 juin 2026 à 05:21

La Claudine aime bien les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu…



 

Il fait beau, très beau, même un peu trop beau. Ça, la Claudine est capable de s’en apercevoir, mais pourtant, au bout de trois minutes de journal télévisé, elle a l’impression que les quatre cavaliers de l’Apocalypse sont déjà garés en double file devant la mairie.

À l’écran, un journaliste grave comme un croque-mort annonce que la France suffoque. Et pour preuve, une carte rouge vif couvre le pays entier. On dirait que quelqu’un a renversé un pot de peinture écarlate sur l’Hexagone.

— On dirait une invasion de homards géants, pense Claudine.

Puis viennent les reportages, en rafale, en continu, comme un long jour sans pain, un incendie dans le Midi, une rivière à moitié asséchée, un maire qui interdit un tournoi de pétanque, un préfet qui annule une course cycliste, un expert qui explique que la climatisation sauvera les habitants aujourd’hui mais détruira la planète demain.

La Claudine n’a même plus la force de hausser les épaules. Et voilà qu’un autre expert explique que ne pas mettre la climatisation détruira les habitants aujourd’hui mais sauvera peut-être la planète demain.

Alors là, c’est trop pour la Claudine qui commence à avoir chaud rien qu’en les écoutant. Pour se changer les idées, elle sort faire quelques courses. Et là, surprise, l’apocalypse a une drôle d’allure. Chez le glacier, une file d’attente de vingt mètres, à la terrasse du bistrot, des consommateurs qui semblent avoir oublié d’agoniser, au bord de l’étang des familles entières trempent les pieds dans l’eau, dans le parc, des enfants poursuivent des pigeons avec une énergie incompatible avec l’effondrement de la civilisation et même le chien de la voisine paraît relativement optimiste.

Claudine observe tout cela avec perplexité. Selon les actualités, la France est au bord du gouffre. Selon ce qu’elle voit, elle est surtout au bord de la piscine.

Le soir venu, la fête de la musique commence, des orchestres s’installent sur les places, les terrasses débordent, les rues résonnent de chansons plus ou moins justes. Les habitants semblent avoir adopté une stratégie révolutionnaire face à la catastrophe climatique : commander une boisson fraîche et discuter avec leurs voisins.

Claudine se demande alors si les journalistes ne souffrent pas d’un étrange trouble professionnel. Lorsqu’un millier de personnes passent une excellente soirée, personne n’en parle ; lorsqu’un parasol s’envole dans une rafale de vent, une équipe de télévision arrive en courant ; quand dix mille vacanciers profitent tranquillement d’un lac, cela ne constitue pas une information ; quand un baigneur oublie que l’eau n’est pas un canapé, cela ouvre le journal.

C’est un métier compliqué et si demain une vache lit un roman policier en conduisant une trottinette électrique, il y aura probablement un direct spécial de quatre heures. En revanche, si cent mille personnes passent une journée parfaitement normale, le silence médiatique sera total.

La Claudine ne nie pas les problèmes, elle sait bien que les incendies existent, que les sécheresses sont réelles, que les canicules peuvent être dangereuses, que certaines personnes souffrent véritablement de la chaleur. Elle sait tout cela.

Mais elle se dit que l’on pourrait peut-être annoncer les nouvelles sans donner l’impression que le continent européen va se transformer en désert martien avant le journal de vingt heures.

À force d’entendre les mêmes alarmes, elle imagine déjà les titres de demain : « Il fait chaud en été : les scientifiques s’interrogent. » « Des experts découvrent que le soleil participe activement à l’augmentation des températures. », « Une enquête révèle que les glaciers profitent de la vente de glaces. », « Des consommateurs soupçonnés de rechercher volontairement l’ombre. », « Des habitants aperçus en train de boire de l’eau fraîche malgré les recommandations de sobriété thermique. »

 

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