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lundi 1 juin 2026 à 04:35

La Claudine aime bien les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu…



 

 

 

À cette période, tout le monde semble avoir un avis sur tout.

Les vacances approchent mais ne sont pas encore là. Les élections, les fêtes de village, les examens, les moissons qui se préparent, les jardins qui poussent, les barbecues qui ressortent des garages… C’est la saison où chacun explique aux autres comment il faudrait vivre.

La Claudine, elle, observe, elle ne sait pas si c’est le soleil ou les premières chaleurs, mais chaque année c’est pareil.

 

À partir de fin mai, les gens deviennent experts. Pas experts en quelque chose, non. Experts en tout. À la caisse du supermarché, y’en a un qui explique comment régler le déficit de la France. Au marché, un autre qui sait exactement comment arrêter la guerre en trois coups de cuillère à pot. Chez le coiffeur, ça cause retraites, nucléaire, canicule, agriculture, médecine et intelligence artificielle entre deux mises en plis.

Et le plus fort, c’est que personne ne doute jamais. La Claudine admire parce qu’elle, déjà, elle n’est pas toujours sûre de réussir la cuisson de ses haricots verts.

Alors sauver la planète avant midi…

 

Ce qui l’énerve un peu aussi, la Claudine, c’est la saison du bonheur obligatoire. À écouter certains, il faudrait être heureux, maintenant, là tout de suite, parce qu’il fait beau, parce que les roses fleurissent, parce qu’on est bientôt en vacances. Enfin, parce que c’est comme ça.

 

Mais la Claudine, elle connaît des gens qui comptent les jours jusqu’à la retraite, d’autres qui cherchent du boulot, d’autres qui attendent un rendez-vous médical, d’autres qui regardent leur compte en banque avec la même inquiétude qu’un lapin devant les phares d’une voiture.

Alors les grandes leçons sur le bonheur printanier, elle trouve ça un peu facile.

 

Par contre, ce qu’elle aime bien à cette époque-là, la Claudine, c’est les petits plaisirs qui reviennent sans faire de bruit, les premières cerises, les voisins qui ressortent les chaises devant la maison, les brocantes où les gens achètent pour deux euros des objets dont ils n’avaient absolument pas besoin, les enfants qui recommencent à jouer dehors jusqu’à pas d’heure, les tondeuses qui bourdonnent dans tout le quartier comme un essaim géant.

 

Ça sent l’été qui approche, pas l’été des magazines, non, le vrai. Celui du bassin minier.

Avec les fêtes des écoles, les repas associatifs, les concours de pétanque et les conversations qui traînent plus longtemps sur les trottoirs.

La Claudine, elle a remarqué qu’entre la fin mai et le début juin, il se passe quelque chose dans l’air. Les gens sont fatigués, mais contents, contents, mais inquiets, inquiets, mais pressés d’être en vacances. Bref, personne ne sait vraiment sur quel pied danser.

 

Dans les quartiers, c’est la période de la fête des voisins. Alors là, la Claudine aime bien l’idée.

Parce qu’il faut reconnaître qu’il y a des gens qui habitent à dix mètres les uns des autres depuis quinze ans et qui découvrent seulement maintenant le prénom du monsieur d’en face.

D’un coup, les tables sortent dans les impasses, les cours, les parkings, chacun apporte quelque chose, une quiche, un gâteau, un saucisson, trois chips et deux bouteilles de rosé.

Et pendant quelques heures, tout le monde se parle. Même ceux qui, le reste de l’année, ferment leurs volets plus vite qu’un coffre-fort. La Claudine trouve ça plutôt joli. Elle se dit qu’il faudrait peut-être inventer la fête des voisins de novembre, de janvier ou de février.

Parce que c’est facile d’être convivial quand il fait vingt-cinq degrés et que les oiseaux chantent. C’est plus compliqué quand il pleut de travers.

Fin mai-début juin, c’est aussi la fin de la saison sportive. Et là encore, dans le bassin minier, ça remue du monde. Les footballeurs rangent les crampons, les rugbymen pansent les dernières douleurs. Les gymnastes, les judokas, les cyclistes, les nageurs terminent leurs compétitions. On distribue des coupes, des médailles, des diplômes, des photos souvenirs.

La Claudine regarde ça avec tendresse parce qu’elle sait que derrière les résultats, il y a surtout des bénévoles. Des gens qui ouvrent les salles, tracent les terrains, tiennent les buvettes, conduisent les minibus et passent leurs week-ends à faire tourner les clubs.

On parle souvent des champions, pas assez de ceux qui lavent les maillots.

Et puis ce week-end, le PSG est redevenu champion d’Europe, mais ça a encore donné lieu à des scènes de violence, de pillage. Bizarre, Lens gagne la coupe de France et pas un seul scooter de renversé.

 

Par contre, il y a un sujet qui lui donne des boutons à la Claudine, c’est le carburant. Encore.

La Claudine ne comprend plus rien. Un jour ça monte, le lendemain ça baisse, puis ça remonte un peu, puis ça redescend presque. À la fin, elle a l’impression que le prix du litre joue au yo-yo et que tout ça est calculé au doigt mouillé.

Ce qu’elle sait, en revanche, c’est qu’à Montceau, à Sanvignes, à Blanzy ou ailleurs, beaucoup de gens n’ont pas le choix. Pour travailler, emmener les enfants, aller chez le médecin ou faire les courses, il faut prendre la voiture. Alors quand elle entend certains expliquer qu’il suffit de changer ses habitudes, elle rigole doucement. Parce qu’entre la théorie et la vraie vie, il y a parfois quelques kilomètres. Et ceux-là, il faut bien les parcourir.

 

Au fond, la Claudine aime cette période de l’année car les jardins sont beaux, les cerises commencent à rougir, les associations préparent leurs fêtes, les voisins se parlent, les sportifs soufflent un peu et on sent l’été qui approche à petits pas.

 

Mais elle aimerait quand même que le monde arrête de courir cinq minutes, histoire de profiter de ce qu’il a sous le nez. Parce qu’à force de regarder toujours plus loin, certains finissent par ne plus voir ce qu’ils ont juste à côté. Et ça, la Claudine trouve que c’est bien dommage.

 

Et puis elle se dit que le monde irait peut-être un peu mieux si les gens passaient moins de temps à expliquer aux autres comment vivre et un peu plus de temps à partager un café.

Parce qu’un café, ça ne résout pas grand-chose, certes, mais ça évite déjà de raconter trop de bêtises.

Et ce n’est peut-être pas si mal.

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 






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