Le Petit Lutin voleur de chaussettes
Suite à notre article espiègle “Où vont les chaussettes disparues ?”, un lecteur vigilant et visiblement bien renseigné, Pat-ounet, un pseudo de circonstance, pour ne pas le nommer, a tenu à nous rappeler à l’ordre avec un commentaire aussi bref que percutant : «Et au Petit Lutin, y avez-vous pensé ???????????????»
Comme on dit au Canard enchaîné, pan sur le bec. Car non, nous n’y avions pas pensé. Et c’est une faute journalistique grave. Il nous appartient donc aujourd’hui de réparer cet oubli en explorant une piste trop longtemps négligée : celle du Petit Lutin voleur de chaussettes.
Et contrairement à ce que le commun pense, il s’agit là d’une présence discrète, mais avérée mondialement. En effet, à rebours de la pensée cartésienne ou du scepticisme ambiant, le lutin domestique n’est pas une invention moderne. En Écosse, on parle du Brownie, petit esprit de maison qui effectue des tâches nocturnes, mais qui se vexe facilement et peut se montrer facétieux. En Scandinavie, le Nisse (ou Tomte) protège les foyers, à condition qu’on lui laisse un bol de porridge. Dans le cas contraire, il se venge… très subtilement. En Allemagne, le Kobold est réputé pour ses farces répétées, notamment déplacer ou subtiliser des objets du quotidien.
Dans toutes ces traditions, il existe un point commun : ce sont les petits objets textiles qui semblent particulièrement vulnérables.
Mâme Michu ou sa voisine poseront immanquablement cette question de ménagère sourcilleuse : pourquoi… les chaussettes ? Et en effet, la question mérite d’être posée.
Selon plusieurs spécialistes autoproclamés du folklore domestique, la chaussette présenterait toutes les caractéristiques d’une proie idéale car elle est petite, facile à dissimuler, souvent laissée sans surveillance et… surtout… chargée d’une forte valeur affective (la préférée, évidemment).
Le lutin, être malicieux mais méthodique, ne volerait donc pas au hasard. Il viserait la chaussette utile, jamais celle qu’on n’aime pas. Un comportement qui, chacun en conviendra, dépasse largement la simple coïncidence.
Une fois que l’on a admis l’existence du lutin collectionneur fétichiste de bonnetterie, il reste à appréhender le modus operandi. Pour cela nous disposons de témoignages recueillis, principalement en cuisine, entre deux cafés, auprès de spécialiste de la question. Et ces témoignages concordent parfaitement.
Le lutin interviendrait à des moments précis comme pendant le cycle d’essorage ou lors du transfert vers l’étendoir ou, plus audacieusement, directement dans le tiroir C’est osé et téméraire.
Sa technique est imparable parce qu’il fait bien attention de ne jamais prendre les deux. C’est malin, car une paire disparue attire l’attention. Une seule chaussette manquante ? C’est le doute. L’auto-culpabilité. Le “j’ai dû la perdre quelque part”. Le lutin, lui, agit dans l’ombre… et dans la psychologie.
Laisse-t-il des traces ? Peu. Des indices ? Beaucoup.
Certains signes ne trompent pas les enquêteurs attentifs. Par exemple une chaussette qui réapparaît… sans explication, trois mois plus tard, ou un tiroir légèrement entrouvert, voire même, pour ceux qui disposent d’un sixième sens aiguisé, une sensation diffuse d’injustice textile. Mais parfois, phénomène troublant, une chaussette différente apparaît à la place de la chère disparue. Un peu comme si le lutin pratiquait une forme de troc. Ou d’humour.
Chez nos amis de la rédaction, le débat n’en finit pas : l’un tient au tambour et à son triangle des Bermudes de chaussettes, l’autre, qui aime l’eau et les paysages bucoliques traversés par des ruisseaux, ne jure que par une évasion aquatique. Quant au troisième, il n’en démord pas de ses escapades pascales Mais s’il existait une théorie conciliatrice, si, finalement, toutes ces hypothèses étaient compatibles ?
Et si nous avions à faire à un réseau organisé, une logistique invisible, une mondialisation de la chaussette disparue ? Car, en somme, le lutin pourrait très bien subtiliser la chaussette, la confier à la Bourbince ou la glisser dans une cloche de Pâques en partance pour Rome.
Honnêtement qui sommes nous pour mettre en doute un tel scénario, nous ne sommes pas complotistes tout de même.
Nous voyons venir les inquiètudes propres à toutes les situations mystérieuses que nous ne maîtrisons pas, une question nous est posés par Jessica qui perd très souvent des soquettes, des mi-bas et a peur pour ses sous vêtements du tiroir du milieu de la commode de sa chambre : Faut-il avoir peur ?
Rassurons immédiatement nos lecteurs : non. Le lutin domestique n’est pas dangereux.
Il est joueur, taquin, parfois un peu vexé. D’ailleurs, selon certaines traditions, il suffirait de lui laisser un petit morceau de tissu ou une vieille chaussette sacrifiée pour apaiser ses ardeurs. Une forme de taxe, en quelque sorte.
Mais nous devons la vérité aux lecteurs, car c’est une affaire qui est loin d’être classée.
Grâce à Pat-ounet, que la rédaction remercie chaleureusement, une nouvelle piste s’ouvre dans notre enquête : après le tambour, la Bourbince et Rome, voici désormais le Petit Lutin.
Mais à bien y réfléchir, entre une faille dimensionnelle et un lutin farceur, laquelle des hypothèses vous semble la plus plausible ? Et pensez vous qu’il existe réellement un phénomène permettant d’expliquer la dispariton brutale et sans appel des chaussettes. La rédaction de Montceau News poursuit ses investigations. Elle invite également ses lecteurs à vérifier, ce soir, avant de se coucher, combien de chaussettes il leur reste vraiment.
Gilles Desnoix



