La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.
Ah ça y est… la Claudine ne sait pas pour vous, mais elle, elle le sent.
Le printemps est là. Quinze jours après la date et juste avant que la pluie et le froid ne reviennent, Le printemps est là, officiellement, mais pas franchement, mais pas complètement… mais il est là quand même. Il titille. Il chatouille. Il donne envie de faire des choses… qu’elle ne fera probablement pas.
D’abord le grand ménage… ou presque… ou pas ? Tous les ans, c’est pareil. Dès qu’un rayon de soleil traverse le salon, la Claudine se dit : “Cette fois, je range tout.” Alors elle commence. Un tiroir. Deux papiers. Trois souvenirs. Et puis elle tombe sur une vieille photo… Et la voilà assise par terre, à replonger dans le passé. Résultat ? Le tiroir est toujours en bazar… mais elle a bien voyagé.
Ensuite les bonnes résolutions version printemps, enfin elle y pense. Le printemps, c’est aussi la saison des grandes décisions comme reprendre le sport, manger plus sain, sortir plus. Alors la Claudine a ressorti ses baskets, elle les a regardées, elle les a reposées car sagement elle se dit qu’il ne faut pas brusquer les choses non plus.
Et voilà, comme les bourgeons, les voisins qui sortent d’hibernation. Et là, phénomène étrange, la Claudine remarque que les voisins réapparaissent. Celui qu’on n’avait pas vu depuis novembre tond déjà sa pelouse, l’autre sort le barbecue à 11 h du matin. Et il y a toujours quelqu’un pour bricoler… très tôt, trop tôt, trop bruyamment. La Claudine se dit que l’hiver, elle se croyait seule mais qu’en fait, ils étaient juste en mode veille.
Toutouille, le remuant chien du voisin, lui, a tout compris. Il fait trois promenades par jour, il profite du soleil, il renifle les fleurs, il vit sa meilleure vie, pisse aux 4 coins du terrain… Et la Claudine ? Non, elle ne fait pas comme Toutouille, elle regarde par la fenêtre avec son café et finalement, elle se demande si ce n’est pas lui qui a tout compris.
Mais la Claudine n’est pas une femme à rester les deux pieds dans le même sabot. Et du coup le samedi matin, c’est sport de combat, elle sort, direction les courses. Ach ! Fatale erreur, les parkings sont pleins, les caddies s’entrechoquent, les files d’attente sont dignes d’une queue pour un concert. Philosophe, la Claudine se dit qu’elle n’a pas fait les Jeux olympiques, mais qu’elle a survécu au supermarché.
Dans les prés, dans les jardins, même sur les trottoirs, les fleurs éclosent, mettent de la couleur dans le paysage et dans le même temps, les messages fleurissent eux aussi. En effet d’un coup, le téléphone s’emballe, les groupes WhatsApp reprennent vie. “Bonjour à tous”, “Quel temps magnifique !”, “Qui a vu mon sécateur ?” Elle ne répond pas mais elle lit tout. La Claudine reconnaît qu’elle a, comme tout le monde, un petit côté espion au printemps.
Le vrai luxe dans cette vie traversée de drames n’est ce pas le luxe de boire un café au soleil ? Quel beau et bon moment que celui où l’on boit le premier café pris dehors. La Claudine ne dit rien parce qu’elle profite. Juste le soleil, le calme et cette impression que tout va bien, au moins pour quelques minutes.
Ah, savourer les petits bonheurs, tout simplement, avec une baguette encore chaude, un “bonjour” dans la rue, une veste qu’on peut enfin laisser ouverte.
La Claudine remarque que ce ne sont pas de grands événements, mais ils changent tout.
Alors non, la Claudine, en fin de compte, n’a pas fait son grand ménage. Non, elle n’a pas repris le sport et, oui, elle a encore traîné au soleil au lieu de faire ce qu’elle avait prévu.
Mais au fond, la Claudine se dit que si le printemps sert à quelque chose, c’est peut-être juste à nous rappeler qu’on a le droit de ralentir un peu et de sourire sans raison.
Gilles Desnoix



