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lundi 6 avril 2026 à 05:09

La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.



 

La Claudine a regardé les images, toutes, en chaîne Pas celles de son jardin, non, celles d’un autre jardin. Bien entretenu, bien tondu, bien médiatisé. Un jardin où des enfants, tirés à quatre épingles, courent après des œufs de Pâques sous l’œil attendri des caméras. À la Maison-Blanche, paraît-il. La grande chasse officielle. Le symbole. Le folklore. Le storytelling.

La Claudine a presque trouvé ça joli, presque. Parce qu’il faut dire que dans le même temps, vraiment le même temps, le locataire des lieux, Donald Trump, trouvait aussi le moyen d’organiser une tout autre chasse. Moins médiatique, quoique. Moins chocolatée, c’est certain. Une chasse où ce qui tombe du ciel n’a rien d’un lapin en papier doré.

Deux ambiances, deux lieux différents, un même Saroumane aux manettes. D’un côté, on cache des œufs dans les buissons. De l’autre, on fait tomber autre chose. Sur d’autres buissons. Sur d’autres toits. Sur d’autres vies.

Mais tout va bien : les cloches sont passées. La Claudine imagine la scène. Les cloches survolant Washington, larguant leurs petits trésors sucrés avec une précision d’orfèvre. Puis, ailleurs, pas si loin dans les décisions, beaucoup plus dans les conséquences, d’autres largages, nettement moins festifs, nettement plus définitifs.

Il faut croire que les cloches ont le sens des priorités, ou celui de la communication.

Parce qu’il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette époque capable de tenir ensemble, sans sourciller, une chasse aux œufs télévisée et une démonstration de force bien réelle. Comme si l’une n’avait rien à voir avec l’autre. Comme si l’innocence pouvait cohabiter tranquillement avec le fracas.

La Claudine, elle, a un peu de mal avec ce grand écart. Elle se dit que la fameuse trêve pascale, celle qu’on invoque parfois avec des trémolos dans la voix, ressemble de plus en plus à une option. Disponible selon les circonstances. Selon les intérêts. Selon l’endroit où l’on se trouve. Ailleurs, manifestement, le service n’est pas assuré.

Et pendant que certains enfants cherchent des œufs dans les pelouses impeccables du pouvoir, d’autres apprennent surtout à lever les yeux autrement. Question d’habitude. Question de survie.

La Claudine croque un carré de chocolat. Par réflexe. Par douceur. Par contradiction aussi. Elle regarde son assiette, puis les images, puis son assiette encore. Elle se dit qu’on est quand même très forts. Très forts pour compartimenter. Pour célébrer d’un côté et frapper de l’autre. Pour parler de paix à heure fixe et de puissance en continu. Pour faire passer tout ça dans le même récit, sans que ça coince trop.

Et puis elle repense à ces cloches. On leur fait porter beaucoup de choses, finalement. Les traditions, les souvenirs, les douceurs… et maintenant, peut-être, une bonne part de notre confortable cécité. Parce qu’au fond, elles ont bon dos, les cloches. Elles permettent de raconter de jolies histoires sans trop regarder ce qui tombe ailleurs.

La Claudine croque son morceau de chocolat, puis un autre, puis un autre et finalement un peu écœurée elle froisse le papier d’argent du lapin de pâques et le jette dans la poubelle.

Écoeurée, oui, mais pas seulement à cause du sucre.

 

Gilles Desnoix

 

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