Saint-Vallier : Anniversaire

Il y a des vies qui traversent un siècle comme on traverse une forêt : avec ténacité, douceur et une lumière qui ne s’éteint jamais. Celle de Mme Pélagie Pierre, née Konarski, le 8 février 1926 aux Essarts, appartient à cette catégorie rare.
Deuxième d’une fratrie de cinq (Mieczyslas, Léocadie, Sigmunt et Thérèse) la petite Pélagie, que tout le monde appelait déjà Paulette, n’avait que treize ans lorsque la guerre a bouleversé son enfance.
Une couturière hors pair
Adolescente, elle empruntait chaque jour le Petit train de la Mine, aux Chavannes, pour rejoindre l’école ménagère. Elle y apprenait la couture, la cuisine, le ménage… mais surtout, elle y nourrissait un rêve : devenir une professionnelle de la haute couture. Douée d’un talent rare, elle a habillé des générations de femmes, de proches et d’amies, avec des créations dignes des plus grandes maisons. Ses doigts savaient tout faire, et son sens du détail faisait merveille.
Un mariage heureux et fécond
Puis un jour, son destin a croisé celui de Jean Pierre, résistant. Leur mariage, célébré le 17 septembre 1945, fut heureux et fécond : sept enfants (Marcel, Christian, Sylvie, Joël, Fabrice, Norbert et Thierry) puis dix petits‑enfants, quinze arrière‑petits‑enfants, et, cerise sur le gâteau, une arrière‑arrière‑petite‑fille, la petite Aria, âgée de quelques mois.
Une lignée magnifique, dont Pélagie a toujours pris soin avec une attention infinie.
Le permis de conduire à 60 ans
Veuve trop tôt, elle n’a jamais baissé les bras. Ne conduisant pas, elle a passé son permis à 60 ans, et l’a « rentabilisé » avec panache : jusqu’à 92 ans, elle partait encore faire ses courses ou se promener au volant de sa voiture. Une indépendance farouche, qui force l’admiration.
Secret de longévité
Cuisinière hors pair, elle régale encore sa famille de kluskis, ces petits pains polonais cuits à la vapeur, et des traditionnels ponchkis, beignets moelleux hérités de ses racines. Et lorsqu’on lui demande le secret de sa longévité, elle répond avec un sourire malicieux :
« Je mange sainement, j’aime un bon verre de vin ou de whisky, et je me soigne avec des trucs de grand‑mère, moins toxiques que certains médicaments ».
Un œil vif sur le monde
À cent ans, Pélagie lit toujours beaucoup « pour m’instruire encore », dit‑elle, coud, tricote, et garde un œil vif sur le monde. Sa petite‑fille Sandrine confie en riant :
« Surtout, ne la lancez pas sur la politique, elle en connaît un rayon ! »
L’écriture de ses mémoires par LiliPlume
Ce dimanche 8 février, entourée de toute sa famille à la salle d’Essertenne, Pélagie a soufflé ses cent bougies, sous un tonnerre d’applaudissements. Fleurs, cadeaux, embrassades… et un présent très particulier : l’écriture de ses mémoires par LiliPlume, un projet qui deviendra un livre que tous attendent avec impatience.
Quant à Pélagie, elle se réjouit déjà de « coucher un siècle de vie sur le papier ».
Une vie riche, lumineuse, courageuse. Une vie qui inspire.
Une vie qui méritait d’être honorée.
Nelly Desplanches





















