Autres journaux :


dimanche 4 janvier 2026 à 06:17

Venezuela le 3 janvier 2026, Maduro arrêté : une victoire militaire, un risque politique majeur



 

Dans la nuit du 3 janvier 2026, des explosions et des survols militaires ont frappé Caracas et plusieurs régions du Venezuela. Quelques heures plus tard, Donald Trump a annoncé une opération militaire d’envergure, affirmant que Nicolás Maduro et son épouse avaient été capturés et exfiltrés. Caracas a dénoncé une « agression impérialiste », décrété l’état d’exception et réclamé des preuves de vie du couple présidentiel. Washington justifie l’opération par la lutte contre le narcotrafic et les poursuites engagées contre Maduro depuis 2020.
Au-delà du choc immédiat, l’événement provoque une onde de choc politique et diplomatique régionale. Le secrétaire général de l’ONU a appelé au respect du droit international, des sénateurs américains (2 démocrates et 1 républicain sont intervenus aussi dans ce sens). Le président français n’a pas condamné.

Cet évènement relance surtout une question centrale : la capture d’un dirigeant règle-t-elle une crise politique, ou prépare-t-elle de nouveaux désastres stratégiques ?

 

Les lecteurs de Montceau News ont pu suivre en direct depuis 3 h 00 du matin sur les chaines d’info en continu le déroulement des opérations et de leurs suites. Pour ceux qui ignoreraient encore l’évènement ou ne s’y sont pas forcément intéressés, voici un bref résumé du contexte, des théories en jeu et une présentation du présent évènement.

 

Il convient de rappeler les précédents marquants pour capturer (ou viser) un responsable politique étranger par les USA.   Manuel Noriega (Panama, 1989-1990) : l’archétype même de ce type d’opérations. Les États-Unis envahissent le Panama (opération Just Cause), renversent le régime et obtiennent la reddition de Noriega, ensuite transféré et jugé aux États-Unis sur fond d’accusations liées notamment au trafic de drogue. Saddam Hussein (Irak, 2003) : la capture qui n’apporte pas la paix. Après l’invasion de l’Irak, les forces américaines capturent Saddam lors de l’opération Red Dawn (13 décembre 2003). La capture devient un symbole… sans empêcher l’effondrement institutionnel et la spirale de violence. Fidel Castro (Cuba, années 1960) : la longue série des tentatives. Les enquêtes du Sénat américain (Church Committee) ont documenté des projets et complots visant Castro au début des années 1960 ; le rapport sur Cuba évoque au moins huit « plots » impliquant la CIA sur 1960-1965.   Le cas Castro est central : il montre la limite de la logique « décapitation = solution ».   Slobodan Milošević (Serbie/Yougoslavie, 2001) : pression et transfert. Milošević est arrêté et transféré au Tribunal pénal international (TPIY). Ce n’est pas une capture militaire américaine, mais un précédent de pression internationale (dont les États-Unis) aboutissant à la remise d’un ancien chef d’État.

 

Le point commun de ces opérations, c’est qu’elles sont présentées comme des moments de bascule. Mais leur effet sur la stabilité dépend moins de « l’homme » que de ce qui (ne) remplace (pas) l’État.

Il s’agit à chaque fois d’une opération jugée « rationnelle » : neutraliser le sommet pour débloquer le système. Dans la logique affichée par Washington, appuyée sur une triple promesse (rapidité, clarté, exemplarité), l’opération du 3 janvier 2026 combine trois objectifs. D’abord forcer un changement politique (Maduro étant décrit comme illégitime et répressif), ensuite frapper les capacités coercitives de l’appareil d’État (sites militaires, infrastructures) et enfin judiciariser la crise : Maduro serait amené à répondre d’accusations criminelles aux États-Unis (narcotrafic/narco-terrorisme). Dans le système US et la vision américaine, cette approche a une cohérence interne : au lieu d’une guerre longue, elle promet une décision courte, en « retirant la pièce maîtresse ».

 

Dans le cas présent, il convient de rappeler le contexte régional, politique et économique.   Le Venezuela est considéré comme un important nœud géopolitique : pétrole, sanctions, flux. De 2013 à 2026, Washington a empilé des sanctions et un embargo pétrolier (2019), un durcissement avec des mesures de blocus/pression sur les navires, des accusations de narcotrafic et des primes pour l’arrestation, un net accroissement des tensions militaires dans la zone.   Pour Trump, une partie des acteurs économiques américains, le pétrole n’est pas seulement une ressource : c’est un levier. Maduro affirme depuis longtemps que Washington vise les réserves vénézuéliennes (les plus importantes au monde), tandis que les États-Unis mettent en avant narcotrafic et élections. On peut donc dire que la capture devient l’aboutissement d’une stratégie de coercition graduelle.

 

Pourtant ces théories, ces stratégies se heurtent à une illusion récurrente : « enlever l’homme » ne répare pas l’État. En effet, elles rencontrent un premier problème : qui gouverne, et avec quelle légitimité ? Et ce 3 janvier 2026, une question domine : qui détient l’autorité effective au Venezuela ?

Beaucoup de spécialistes et d’organes de presse soulignent l’incertitude institutionnelle immédiate et l’absence de clarté sur la chaîne de commandement, malgré le rôle théorique de la vice-présidente en cas de vacance. Reuters décrit l’appel public à la mobilisation, la rhétorique de résistance et les demandes de preuves de vie. Or, l’histoire des « décapitations » montre que la période la plus dangereuse est souvent celle du vide : fragmentation du pouvoir, règlements de comptes, militarisation, et parfois guerre civile.

Ces théories, ces stratégies affrontent un deuxième problème : le coût humain, politique et moral. Le gouvernement vénézuélien a affirmé, sans bilan détaillé immédiat, que des civils et des militaires étaient morts dans les frappes. Le Monde rapporte la surprise nocturne, les déflagrations et un climat de peur à Caracas. Car, même quand l’opération est « courte », elle crée une polarisation interne (patriotisme défensif vs opposition), une résonance régionale anti-ingérence (mémoire des interventions passées), une dégradation de la crédibilité du discours démocratique si le droit international et les procédures sont contestés.

Il existe un troisième problème : la légalité et la politique intérieure américaine. Beaucoup relèvent des interrogations de parlementaires sur la base constitutionnelle/autorisation de l’usage de la force, et l’incertitude sur les notifications au Congrès. Il s’agit là d’un point clé car l’interventionnisme échoue souvent parce qu’il est tiré par la politique intérieure, la nécessité de symboles de fermeté, l’engrenage de cycles médiatiques, plus que par un plan de stabilisation long.

En analysant l’évènement du 3 janvier 2026 et la capture de Maduro, il faut se méfier du précédent Noriega qui est trompeur. Reuters note que Washington n’avait pas mené d’intervention aussi directe en Amérique latine depuis Panama 1989. Mais comparer le Venezuela au Panama est risqué. Le Venezuela est plus vaste, plus fragmenté politiquement, et la crise est plus profonde. Une victoire « type Noriega » peut être un mirage et l’histoire irakienne (capture et jugement de Saddam) montre qu’une capture spectaculaire peut précéder un désastre durable.

 

Ce que révèle la séquence Maduro, c’est que les États-Unis sont une puissance forte tactiquement, mais faible stratégiquement. Cela révèle une fois de plus la matrice impériale issue de la doctrine Monroe. Reuters relie explicitement la séquence à l’imaginaire de la et aux souvenirs d’interventions.

Le mécanisme est classique : une puissance justifie une action de force au nom d’un principe supérieur (démocratie, drogue, sécurité), mais le monde, et surtout la région, la lit souvent comme une réaffirmation de zone d’influence.

Ce que révèle aussi la séquence Maduro, c’est que la « décapitation » présentée comme une solution courte provoque en fait des problèmes longs. Dans le cas présent, les tensions Washington/Caracas ont été nourries par la contestation de la légitimité électorale, par les sanctions, l’embargo pétrolier, les accusations de narcotrafic, et le sujet migratoire et les traitements des Salvadoriens sur le sol des USA. Il s’agit là d’un ensemble de facteurs structurels, qu’aucune capture ne résout à elle seule. Cet ensemble provoque l’effondrement de l’appareil productif, la corruption et la crise institutionnelle, la fragmentation de l’armée et des forces de sécurité, la question migratoire, et empêche la recomposition des alliances internationales.

 

Face à cette situation, la vraie question est : que fait-on « le lendemain » ? Chaque fois le résultat est quasiment le même. Les États-Unis gagnent l’opération, mais perdent la paix. L’expérience des interventions américaines échouées se résume souvent à cela.
Afin que l’opération du 3 janvier 2026 ne reproduise pas ces schémas comme à l’accoutumée, il faudrait au minimum une transition négociée et reconnue aux niveaux interne et régional, un plan de stabilisation sur les plans de la sécurité, de la justice, de l’administration, un calendrier électoral crédible avec garanties, et une révision progressive des sanctions conditionnée à des jalons vérifiables.

Or, l’histoire montre que ces conditions sont rarement réunies : l’interventionnisme excelle dans le coup d’éclat, beaucoup moins dans la construction d’institutions. D’ailleurs Trump dans sa conférence de Mara a Lago a clairement précisé que les USA allaient diriger la paix pendant la transition. Et de plus il prit l’exemple de la capture de Maduro pour menacer les gouvernants de la région.

La capture annoncée de Nicolás Maduro après les frappes sur Caracas, le 3 janvier 2026, s’inscrit dans une tradition américaine où l’on croit pouvoir résoudre une crise politique par une solution personnalisée se résumant à retirer le dirigeant. Les précédents (Noriega, Saddam, tentatives contre Castro) montrent que ce raisonnement peut produire un succès symbolique immédiat… tout en préparant des instabilités longues, coûteuses et parfois incontrôlables.

Le Venezuela entre ainsi dans une zone de vérité brutale : l’après-Maduro sera plus décisif que l’opération elle-même. L’histoire des interventions américaines enseigne que le plus difficile commence toujours après la capture. Mais nous ne sommes pas dans le cas de figure du Japon qui en 1945 a vu s’installer un vice-empereur occupant en la personne du général MacArthur.

L’année 2026 s’ouvre sur des risques importants de déstabilisation, de déséquilibres et d’une géopolitique où la Russie, la Chine pèseront plus encore que l’Europe qui, en rappelant platement les grands principes, ne s’oppose pas.

Pour les lecteurs de Montceau News, les événements survenus au Venezuela peuvent sembler lointains, mais ils posent des questions simples et importantes. L’intervention américaine au Venezuela montre qu’arrêter un dirigeant ne suffit pas à résoudre une crise. L’histoire rappelle que ces opérations spectaculaires entraînent souvent plus d’instabilité que de solutions durables. Pour comprendre l’actualité internationale, il faut regarder au-delà des annonces et des images fortes. Au Venezuela, comme souvent, le plus difficile commence après l’intervention.

Gilles Desnoix

 

Sources : Franceinfo, Le Figaro, Orange Actu, Le Huffington Post (AFP), Reuters et Associated Press (AP), AP News, Wikipédia, Le Monde.fr, icty.org, aarclibrary.org, Encyclopedia Britannica,

 

gilles-040125






Le commentaires sont fermés.