Montceau-les-Mines : Un arbre, des initiales…
Nous avions laissé Jocelyne Lautissier, ancienne directrice d’école, partie à 15 ans du foyer familial pour intégrer l’Ecole Normale, désespérée de voir que l’arbre où son père avait gravé leurs initiales avait été coupé.
« C’était pour moi une triste nouvelle, surtout que cet arbre portait des souvenirs précieux comme les initiales gravées représentant l’amour d’un père pour sa fille. Les arbres, au-delà de leur rôle écologique, peuvent être des témoins silencieux d’histoires humaines » constate Jocelyne.
Mon arbre gît sur le sol
En ce triste jour, elle s’approche, le cœur battant à tout rompre, et son regard se fige. L’arbre, son arbre, gît là, abattu, vulnérable. Les initiales gravées, témoins d’une histoire d’amour filial infini, semblent presque disparaître sous la poussière et les éclats de bois.
« Cela m’a fait très mal de voir l’arbre de papa coupé, mort, et gisant sur le bas-côté du chemin. Il allait partir… Alors, comment récupérer la partie basse de l’arbre où se trouvait la souche ? » se demande Jocelyne, désemparée.
Ma souche numéro 5809
C’est alors que le miracle se produisit quelques jours plus tard : beaucoup d’arbres étaient partis, et il ne restait qu’une seule souche… Et si c’était celle de son arbre ? Fébrilement, Jocelyne sort son téléphone, avec lequel elle avait photographié l’arbre en question, elle regarde sur le côté. « Oui les inscriptions étaient là… » dit-elle. C’était bien la souche de son arbre qui portait le numéro 5809.
Pourquoi était-elle restée, cette souche ? Mystère… « J’ai eu la faiblesse de penser qu’elle m’attendait » dira Mme Lautissier.
D’ailleurs, Jocelyne ne peut s’empêcher de repenser à cet homme qui l’a aidée à retrouver son arbre (car il travaillait sur le terrain) et qui lui a raconté une belle et triste histoire, concernant les arbres de l’allée de la démarcation.
La voici pour vous, chers lecteurs :
Un jeune homme, visé par un soldat allemand s’effondre, touché par balle au pied d’un arbre. Il est blessé, mais il a eu le temps d’écrire sur l’écorce de l’arbre, le prénom de sa femme, suivi d’un « Je t’aime ».
Les soldats allemands viennent l’achever… Et dans cet arbre, on pouvait voir l’impact de la balle qui a tué cet homme. En grattant avec son couteau, l’homme qui me raconte cette histoire, a pu atteindre la douille de la balle encore fichée dans l’arbre…
Tout comme mon arbre, celui-ci a été abattu tout récemment et la fille de ce français tué dans l’allée de la démarcation a récupéré la partie où son papa avait gravé ces mots pour sa maman, avant de mourir…
Messieurs J.J
Jamais en manque de ressources, Jocelyne avait donc contacté la société CFBL (Coopérative Forestière Bourgogne Limousin) d’Autun, qui s’occupe du bois dans la forêt du Plessis. La secrétaire de cette société lui avait communiqué les coordonnées de la personne qui s’occupe du secteur de Blanzy : un certain Monsieur J.J, qui habite cette même ville.
« J’avais appelé plusieurs fois ce monsieur sur son téléphone portable, sans succès. J’avais également laissé un SMS auquel je n’avais pas eu de réponse » explique Jocelyne Lautissier.
Ajoutant : « Alors, je me suis amusée à chercher sur internet, les coordonnées de cet homme, pour me rendre chez lui directement ! ». On ne fait pas de quartier chez Jocelyne, on fonce !
Elle a alors trouvé, sur Blanzy, un certain Monsieur J.J. Elle apprend qu’il est menuisier. Et se dit que cela a une relation avec le bois. Et que c’est sans doute lui qui a acheté les arbres de la forêt…
Là encore, ayant déniché son adresse mail, elle le contacte par ce biais, pour lui expliquer l’histoire de son fameux arbre, avec quelques photos (pas de Jocelyne les photos, mais de l’arbre !).
En même temps, pas découragée pour un sou, elle continue d’appeler le numéro de portable de Monsieur J.J, n’ayant à chaque fois que le répondeur pour unique interlocuteur.
« Ce que j’ignore, c’est que l’adresse mail et le numéro de téléphone portable n’appartiennent pas à la même personne ! » sourit la Blanzynoise.
Déplacer des montagnes
Alors, un beau jour, elle se décide à déplacer des montagnes pour rencontrer ce fameux J.J, dont elle a trouvé l’adresse postale sur Blanzy, via internet. Qui veut la fin, veut les moyens !
« Je suis très bien reçue par l’épouse de ce Monsieur qui me dit de suite, lorsque je lui parle de l’histoire de mon arbre « Ah ! Parce que c’était bien vrai, ce n’était pas une arnaque, cette histoire d’arbre ! ». Ajoutant « On a halluciné quand on a reçu ce mail ».
Et l’épouse de raconter que son mari était bien menuisier, mais qu’il n’avait rien à voir avec la société qui s’occupe de la coupe des arbres, en forêt du Plessis.
« Cette très aimable personne me fait entrer chez elle, où se trouvaient des membres de sa famille. On me dit que l’on veut bien m’aider à récupérer la souche de mon arbre, qui doit peser au bas mot, plus de 100 kg. Seulement, il me faut une autorisation pour récupérer cette souche ».
On m’autorise à récupérer la souche de 100 kg
Quelques temps plus tard, Jocelyne, tenace, recontacte par téléphone la société d’Autun CFBL. La secrétaire est étonnée que J.J ne l’ait pas rappelée et elle lui dit qu’elle va l’appeler elle-même, lui demandant de se manifester auprès de moi. Elle m’assure par ailleurs, que je pouvais bien récupérer cette souche d’arbre qui avait pour moi une telle valeur sentimentale.
« Je rentre chez moi et je reçois un appel de J.J qui m’autorise à récupérer cette souche et qui me laisse son adresse mail, pour que je puisse lui raconter l’histoire de cet arbre » indique Jocelyne.
Ajoutant : « Entre temps, l’épouse du menuisier Blanzynois manifeste elle aussi son intérêt pour l’histoire de mon arbre. Son mari se propose même de m’emmener sur place jusqu’au Colombier, pour m’aider à récupérer cette souche. Je ne veux pas abuser de leur gentillesse. Je promets de lui écrire l’histoire et je la remercie de cet accueil si chaleureux ».
« Un peu plus tard, un de mes voisins, Jean-Louis, est allé voir ce qu’il restait de mon arbre. Mais impossible de ramener la souche, car elle était vraiment trop lourde ».
Se souvenant : « J’ai alors contacté une société qui me demandait une somme exorbitante, pour amener la souche chez moi. Trop cher. J’ai renoncé ! ».
Mon arbre trône dans ma pelouse
« C’est Jean Louis, avec un autre voisin, qui a scié une partie de la souche et ils ont enfin pu me la ramener à la maison ! J’avais ce sentiment étrange d’avoir ramené mon papa chez moi, dans ma maison » s’émeut Jocelyne.
Et de raconter : « Il y a eu un moment terrible dans cette histoire : c’est quand l’arbre était coupé, couché, que je l’avais repéré et que je savais qu’il allait partir d’un moment à l’autre. J’avais remué ciel et terre pour savoir comment récupérer la partie qui m’intéressait.
Je sonne à toutes les portes ! Même à celle du Comte de Barbentane…
Je m’étais adressée au président du musée d’école, à des amies qui me disaient que je pouvais contacter le comte de Barbentane par une autre connaissance, qui habitait à la résidence Jean Rostand, à Blanzy. Elle allait à la messe tous les dimanches, et elle y voyait le comte, ce qui lui permettrait de faire le lien entre nous.
Ma Boite à Bonheur
J’avais tellement peur de voir partir cet arbre qu’avec un couteau, j’étais venue prélever une partie de l’écorce et je l’avais glissée dans « ma Boîte à Bonheur ». Elle y est encore …
« Une « boîte à bonheur » est en effet une idée merveilleuse, pour capturer des instants de joie et des souvenirs précieux ! Ma souche d’arbre fait partie de ces moments de joie… » dit Jocelyne.
Morale de l’histoire
La morale de l’histoire est magnifique : elle démontre que même face à la perte et au désespoir, la persévérance peut redonner vie à ce qui semblait perdu. Cela reflète une force de caractère qui pousse à ne pas abandonner, que ce soit dans la sauvegarde d’un symbole précieux ou dans l’adversité de la vie.
Et Jocelyne Lautissier est faite de ce bois-là. C’est une belle personne…
Jocelyne, source de lumière
On pourrait imaginer cette femme comme une véritable source de lumière, pour ceux qui l’entourent. Son attention envers les autres et sa capacité à encourager, font d’elle une figure inspirante, un véritable pilier de soutien.
Sa persévérance, même face à la perte de l’arbre, pourrait alors devenir une métaphore plus large ! Celle de quelqu’un qui, malgré les défis, continue de semer des graines d’espoir et d’entraide autour d’elle.
Même Georges Brassens…
Et comme le disait Georges Brassens, dans sa chanson « Auprès de mon arbre » en 1959 :
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
J’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre…
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux,
Je n’aurais jamais dû le quitter des yeux…
Nelly Desplanches