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lundi 24 mars 2025 à 05:18

La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.



 

 

Ce samedi, elle avait décidé de se pomponner et de faire des emplettes parce que sa cousine chérie de Bretagne passait à Montceau pour se rendre chez sa sœur en Savoie. Donc programme complet : coiffeur, magasin de fringues pour un haut un peu coloré.

Au salon de sa copine, elle a remarqué que l’ambiance sonore était assurée par une radio pour « jeunes » un peu tonitruante, mettant en onde des chanteurs et chanteuses inconnus d’elle, des pubs criardes. Elle vient se faire coiffer une fois par mois et, bizarrement, cette ambiance ne l’a jamais incommodée. Même les incursions sonores des annonces du supermarché dans la galerie marchande duquel se trouve le salon de coiffure. Puis, la Claudine comprend le phénomène. Les autres fois, elle est venue chez sa copine d’abord, ensuite elle a fait ses courses dans les rayons de la grande surface. Le bruit n’a pas changé en fait, l’ambiance sonore est restée la même. Mieux après une séance éprouvante de casque, elle avait trouvé que cela la reposait de retrouver la radio qui ne finit jamais les chansons et colle des pubs toutes les 3 minutes. Aujourd’hui, elle est d’abord passée dans un magasin de vêtements sans musique. Enfin si, au bout de dix minutes, elle a été surprise de percevoir un air de piano en sourdine. Alors c’est certain que le contraste l’a perturbée.

En mars 2011, la Claudine avait lu une enquête de JNA-IPSOS-Réunica intitulée « Nuisances sonores et gênes auditives » qui, d’après ses souvenirs, expliquait que 35 % des personnes interrogées étaient gênées par le bruit dans les magasins. Étrange coïncidence : sous le casque chez la coiffeuse, elle vient de lire le résultat d’un autre sondage de l’institut OpinionWay, appelé « Les Français et le bruit dans les restaurants et les cafés », qui explique que 81 % des Français fuient les restaurants, cafés et bars trop bruyants et que 94 % reviennent naturellement dans les établissements où règne le calme. Bien entendu, il ne s’agit pas dans les deux cas des mêmes lieux et pas forcément de la même clientèle en totalité, mais cela souligne bien le malaise des clients dans les ambiances trop bruyantes et l’augmentation du nombre de personnes que cela indispose ; ou alors le phénomène s’amplifie et, en 2011, il y avait des ambiances plus feutrées. Ou alors les gens ne supportent plus rien.

Des fois, la Claudine quitte le magasin car elle se sent agressée par ces nuisances sonores. Souvent elle plaint les personnels qui passent leurs journées, leurs semaines dans cette cacophonie.

Toute pimpante et arborant un superbe haut fleuri, la Claudine s’est rendue, le dimanche, au restaurant avec sa cousine, puissance invitante. Un restaurant réputé de la place, une chère excellente mais une ambiance musicale qui jure totalement avec la sérénité que le client attend de ces lieux où l’on sert des mets délicieux. La cousine a même dit : « C’est bon, mais pourquoi ils passent de la musique si forte et ce n’est pas forcément ce que j’ai envie d’écouter ici en faisant un si bon repas. » Il est vrai que dans certains magasins, restaurants, bars, on dépasse les 80 dB ou on les frôle en cumulant l’ambiance et le bruit des conversations. Rappelons que le système auditif est en danger au-delà de 80 dB.

Et c’est vrai, se dit la Claudine : l’acoustique dans les restaurants, les salons de thé, les bars reste souvent une nuisance trop souvent sous-estimée dans ces espaces de plaisir et de convivialité. Plus il y a de décibels pour l’ambiance sonore, plus il y en a de la part des clients qui, pour se faire entendre, haussent le ton, et le plaisir est largement écorné dans cette situation.

L’enquête de l’institut OpinionWay montre qu’effectivement l’ambiance sonore est un des critères de fidélisation au-delà de la qualité de la cuisine et du service.

Avec les réseaux sociaux, aujourd’hui le confort acoustique tient un rôle prépondérant dans l’appréciation des clients, qui ne manquent pas d’en faire part lorsqu’ils vivent une expérience malheureuse dans un restaurant. Certains guides gastronomiques et sites internet référents comme « The Fork » intègrent le bruit comme critère d’évaluation. La bonne réputation d’un restaurant ne tient plus seulement au seul critère de sa cuisine ou de sa cave.

C’est aussi vrai pour des magasins dans lesquels les clients ne reviennent pas ou alors en vitesse.

Du coup, le lundi matin, la Claudine se dit : « La prochaine fois, je choisis le restaurant, j’en connais un qui passe de la musique classique en sourdine, ce sera bien ! »

 

Gilles Desnoix

 

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