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mardi 5 mai 2026 à 15:47

CODEF (Collectif des Usagers des hôpitaux)



 

 

Effacer le nom de Jean Bouveri, c’est effacer les grandes heures de l’hôpital. Ces « grandes heures », ce sont :

• l’hôpital‑hospice de Galuzot institué par décret, puis baptisé « Jean Bouveri » en 1927, sur un site emblématique du bassin minier ;

• les extensions successives : nouveaux pavillons, création de la maternité, développement de services d’hospice, puis de spécialités médicales, qui font de Galuzot un pôle hospitalier complet ;

• les décennies où la chirurgie, la maternité, la cardiologie, l’oncologie ont fait vivre un hôpital généraliste, accueillant l’ensemble du bassin, où l’on naissait, où l’on se faisait opérer, où l’on était suivi tout au long de sa vie.

C’est à cette période, à ces grandes heures de développement et de rayonnement, que renvoie le nom de Jean Bouveri. Le faire disparaître, c’est rompre le fil qui relie l’hôpital d’aujourd’hui à cette histoire‑là.

Changer de nom pour parler seulement d’« hôpital de Montceau » ou de « CH Montceau‑les‑Mines », c’est s’éloigner de cette histoire concrète, pour ne plus voir qu’un point sur une carte du GHT.

Un effacement lent… et mesurable

Cet effacement n’est pas une impression militante : il se mesure noir sur blanc dans les documents. Le fameux rapport de 56 pages « NHM 2023 » en est un exemple frappant.

 

On y relève :

• 13 fois « hôpital de Montceau »

• 43 fois « CH de Montceau »

• 34 fois « CH Montceau‑les‑Mines »

• 3 fois « centre hospitalier de Montceau »

• 2 fois « CH de Montceau‑les‑Mines »

• 27 fois « CHM »

• et… seulement 2 fois « Hôpital Jean Bouveri ».

 

Autrement dit, l’hôpital est systématiquement désigné par des sigles ou des appellations neutres, détachées de son histoire, de son ancrage, de la figure qui lui a donné son nom. Le nom « Jean Bouveri » n’apparaît plus que comme une exception, une survivance marginale dans un océan de dénominations aseptisées. Ce n’est pas un hasard, ni un simple « tic de langage ». C’est une stratégie de neutralisation symbolique : faire disparaître peu à peu le nom qui renvoie à un Maire mineur, syndicaliste, socialiste, pour lui substituer un vocabulaire technocratique (« CHM », « hôpital de Montceau ») compatible avec une vision strictement gestionnaire de l’hôpital.

Ce travail sur les mots accompagne un travail sur les services. Alors que la chirurgie a été fermée, que d’autres activités ont été démantelées ou fragilisées, qu’on a progressivement vidé l’hôpital de ses missions de plein exercice, changer de nom, c’est comme tourner la page sur ce qu’a été l’hôpital Jean Bouveri pour notre territoire. Après les lits, après les blocs, après les équipes, c’est désormais son nom que l’on retire du paysage.

On voudrait nous faire croire qu’il ne s’agit que d’une “modernisation” lexicale, alors qu’il s’agit d’un geste politique : couper l’hôpital de ses racines ouvrières, sociales et de gauche, pour en faire un « centre » interchangeable dans un schéma régional abstrait. Nous voulons au contraire un hôpital qui assume ses racines : garder le nom Jean Bouveri, c’est revendiquer ces grandes heures pour mieux exiger un avenir à la hauteur.

C’est dire clairement que l’hôpital ne se réduit pas à un code dans un rapport ou à un point sur une carte, mais qu’il est l’héritier d’une histoire locale de luttes et de conquêtes sociales – et qu’il doit le rester.

À suivre… Hôpital Jean Bouveri : quand on efface un nom, on efface une histoire 3/3

 

 

 






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