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samedi 3 octobre 2026 à 05:54

Quand la casse prend la parole à la place des lycéens



 

Montceau News a voulu comprendre ce qui se joue lorsque la violence s’invite dans une manifestation : qui agit, au nom de quoi, pourquoi les interventions semblent parfois tarder et comment les demandes initiales finissent par disparaître derrière la fumée.

Ce vendredi 2 octobre, devant le lycée Henri-Parriat à Montceau-les-Mines, les élèves avaient des choses à dire. Classes surchargées, enseignants absents non remplacés, emplois du temps éprouvants, inquiétudes liées à Parcoursup. Et, localement, ces fenêtres que l’on ne peut ouvrir, même lorsque la température devient difficilement supportable.

Puis des poubelles ont brûlé. Montceau News rapporte l’intervention de personnes extérieures au lycée. L’Informateur de Bourgogne décrit des élèves déplorant la tournure des événements et distingue leur groupe de personnes vêtues de noir. Tirs de mortiers, projectiles, lacrymogènes : une interpellation est rapportée par les deux médias.

Il faut donc préciser les faits : les policiers sont intervenus, après une première phase durant laquelle les dégradations se déroulaient sans intervention immédiate. Ces récits journalistiques ne constituent toutefois pas une identification judiciaire des auteurs ni de leurs affiliations.

Les lycéens voulaient parler de leur école. Ils ont dû expliquer qu’ils ne souhaitaient pas voir leur rassemblement prendre cette direction.

Sous la capuche, se trouvent plusieurs réalités. « Casseurs », « black block », « éléments incontrôlés » : les mots circulent vite. Ils ne sont pourtant pas interchangeables.

Un casseur est désigné par ses actes. Le terme ne renseigne pas, à lui seul, sur son idéologie. Le black block désigne un mode de regroupement temporaire et d’action collective, sans direction permanente commune à tous les groupes.

Ses origines se situent notamment dans les milieux autonomes d’Allemagne de l’Ouest des années 1980, autour de la défense des squats. La tactique s’est ensuite diffusée dans les mobilisations internationales, particulièrement visible à Seattle en 1999.

Le Sénat rattache ces regroupements à différentes mouvances anticapitalistes, antifascistes radicales et altermondialistes. Certains participants revendiquent donc une pensée politique : contestation de l’État, du capitalisme et des formes habituelles de représentation. Mais cela ne permet pas d’attribuer une philosophie commune à tous les auteurs de violences.

Une tenue noire n’est pas une carte de parti. Une cagoule ne fournit pas un programme. Et la destruction d’une poubelle ne révèle pas automatiquement une stratégie révolutionnaire.

La violence présentée comme raccourci politique. Chez certains militants, le raisonnement consiste à considérer la protestation pacifique comme inefficace et l’action directe comme un moyen d’imposer un rapport de force. La manifestation offre alors une foule, des cibles, une présence policière et une visibilité. Mais cette démarche pose une contradiction : au nom de leur propre conception de la liberté, quelques-uns imposent leur méthode à tous les autres.

Qui a décidé que les lycéens devaient porter le poids d’un incendie ? Qui leur a demandé s’ils souhaitaient que leur mobilisation se transforme en affrontement ? La casse peut prétendre parler au nom des manifestants. Elle peut surtout les empêcher de parler. Car disons-le, rien ne dit que les casseurs sont solidaires des lycéens. Il peut s’agir aussi d’agitateurs que l’on retrouve lors des descentes de la BAC, des coups de filet des stups. Ou tout autre chose en fin de compte.

Pourquoi ne sont-ils pas arrêtés immédiatement ? Pour le passant, la question paraît simple : les actes sont visibles, pourquoi leurs auteurs ne sont-ils pas aussitôt appréhendés ? La réponse officielle repose notamment sur le mélange entre personnes violentes et manifestants pacifiques. Une intervention au milieu d’une foule peut provoquer des blessures, une panique ou des affrontements supplémentaires. Le ministère de l’Intérieur souligne également l’importance de recueillir des preuves permettant d’attribuer les infractions aux personnes interpellées. Voir une vitrine tomber ne suffit pas toujours à établir qui l’a brisée. Une interpellation, une garde à vue, une poursuite et une condamnation sont quatre étapes différentes. Pour autant, les difficultés opérationnelles n’expliquent pas tout. Après les violences du 16 mars 2019 sur les Champs-Élysées, le Sénat a constaté des dysfonctionnements majeurs du dispositif, alors que les risques avaient été annoncés par le renseignement. La responsabilité du commandement peut donc être interrogée sur des faits documentés.

Une impunité ressentie, des arrestations réelles, c’est tout le paradoxe en la matière. Les chiffres contredisent l’idée que personne n’est arrêté. Pour la seule journée du 8 décembre 2018, durant les Gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur annonçait 1 723 interpellations et 1 220 gardes à vue. Au 3 avril 2019, le bilan présenté au Sénat faisait état d’environ 9 000 interpellations et de 2 200 condamnations. Il recensait aussi 1 800 classements sans suite pour absence de charges ou irrégularités de procédure, ainsi que 150 relaxes. Ce bilan intermédiaire ne permet pas de calculer un taux d’impunité : certains dossiers n’étaient pas achevés et les infractions étaient diverses. Mais le spectateur ne voit pas un bilan judiciaire. Il voit un incendie et, parfois, des policiers immobiles à cet instant. Si les autorités n’expliquent pas leurs choix et ne rendent pas visibles les suites, cette image nourrit durablement le sentiment d’abandon.

La nasse n’est pas un tribunal, ce n’est pas aussi la panacée dans le maintien de l’ordre. L’encerclement peut contenir un groupe et faciliter certaines opérations. Il ne distingue pas, par lui-même, les auteurs d’infractions des autres personnes présentes. En 2021, le Conseil d’État a annulé les dispositions insuffisamment encadrées du schéma national relatives à cette technique. En décembre 2023, il a validé le cadre révisé : prévention ou cessation de violences graves et imminentes, durée nécessaire et proportionnée, sorties contrôlées sauf contraintes particulières d’ordre public. Le nombre de personnes encerclées ou interpellées ne suffit donc pas à mesurer l’efficacité. La question demeure : combien d’auteurs de violences ont été identifiés et quels faits ont été prouvés ?

La question « à qui profite la fumée ? » se pose tant sur la forme que sur le fond, tant sur ce qui est vu et dénoncé que dans les arrières pensés. Lorsque les incendies occupent les écrans, les classes surchargées risquent d’en sortir. Le débat se déplace des conditions d’étude vers l’ordre public. Un gouvernement peut exploiter politiquement ce déplacement. Cela ne prouve pas qu’il ait organisé les violences ou volontairement permis leur commission. Tirer avantage d’un événement et en être responsable sont deux choses différentes.

Il existe cependant une accusation gouvernementale précise : Reuters rapporte qu’une source proche du premier ministre attribue aux services de renseignement l’analyse selon laquelle LFI et des relais d’extrême gauche auraient initié le mouvement. LFI dément et affirme défendre des méthodes non violentes. Cette accusation rapportée n’est pas une conclusion judiciaire ; elle ne démontre pas que le parti aurait commandé les destructions, ni qu’il aie quelque chose à voir dans les débordements et saccages.

C’est cette distinction qu’il faut préserver, même lorsque les soupçons deviennent politiquement commodes.

Les soutiens ne disent pas tous la même chose. Le gouvernement privilégie désormais une lecture en termes de violences urbaines et renforce les moyens de maintien de l’ordre.

Les syndicats SNES-FSU, SNUEP-FSU et SNEP-FSU soutiennent les revendications et dénoncent une réponse policière qu’ils jugent disproportionnée. Ils demandent aussi la cessation de toutes les violences et une présence adulte protégeant la mobilisation des personnes extérieures venues pour des actions violentes. Ils appellent à la grève le 6 octobre.

Les FCPE de Bourgogne défendent le dialogue, refusent la récupération politique et condamnent explicitement agressions, intimidations et dégradations. La LDH réclame des enquêtes sur les interventions policières et une réponse politique aux difficultés scolaires.

En Bourgogne-Franche-Comté, les élus de la majorité régionale de gauche soutiennent la mobilisation et rappellent que la grande majorité refuse la violence. Le PCF de Saône-et-Loire soutient les demandes de moyens. Marine Le Pen met, elle, l’accent sur l’ordre et accuse LFI d’attiser les troubles.

Soutenir un mouvement ne signifie donc pas approuver ses débordements. Encore faut-il le dire clairement.

Et les drapeaux palestiniens que certaines photos de presse montrent ? La cause palestinienne mobilise largement la jeunesse. Un drapeau palestinien ou un keffieh peut exprimer une solidarité, une conviction personnelle ou un engagement militant, parallèlement aux revendications scolaires. Encore une fois, on ne peut donc pas en déduire que LFI serait derrière chaque manifestant arborant ces symboles. Ils ne sont la propriété d’aucun parti et ne prouvent ni une affiliation, ni une consigne, ni une récupération politique. Ils ne permettent pas davantage d’identifier un auteur de violences. À Parriat, les textes locaux consultés ne donnent pas d’explication de leurs porteurs. Sans leur témoignage, impossible de déterminer s’il s’agit de positions personnelles, d’un choix collectif ou d’une intervention organisée. Leur présence peut interroger la diversité des messages du rassemblement ; elle ne suffit pas à démontrer son instrumentalisation.

Le ministre l’a dit il y aura un débat démocratique, il a reçu les différentes parties. Est-ce que cela suffira à rendre la parole aux élèves. À Parriat, les revendications sont identifiables. Les affiliations des auteurs de violences restent à établir. Les responsabilités policières doivent être examinées à partir des consignes et du déroulement précis des faits.

Condamner les destructions, protéger les mineurs et répondre à leurs difficultés scolaires devraient pouvoir tenir dans la même phrase. Pour les lycéens, leurs familles et les habitants du bassin minier, l’enjeu reste concret : obtenir une école qui fonctionne et pouvoir le demander sans que leur parole soit confisquée.

 

Parce qu’au bout du compte, une poubelle brûlée ne remplace toujours pas un professeur absent.

 

Gilles Desnoix

 

Sources : Montceau News, Sénat, ministère de l’Intérieur, Conseil d’État, Francis Dupuis-Déri, Reuters, Associated Press, SNES-FSU, SNUEP-FSU, SNEP-FSU, FCPE Bourgogne, Ligue des droits de l’Homme.

 

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