Environnement : les sécheresses ont un véritable impact sur nos forêts

La gestion des forêts privées ou publiques est aujourd’hui un véritable enjeu face à l’évolution climatique de ces dernières années et aussi les feux de forêts.
Pour mieux comprendre les risques des sécheresses sur la gestion des forêts et l’évolution en cours des pratiques chez les professionnels, nous nous sommes rendus à la rencontre d’Alexandre Quincey, 28 ans, spécialiste en gestion forestière au sein de l’entreprise Renessence à la Chapelle-sous-Uchon. L’entreprise qui compte bientôt cinq personnes, travaillent sur l’ensemble du parc du Morvan dans les quatre départements de la Bourgogne.
L’exploitation forestière constitue 90 % du chiffre d’affaires de l’entreprise qui accompagne des propriétaires privés possédant au-delà 20 hectares.
Pour les propriétaires publics, c’est l’ONF (Office National des Forêts) qui peut les accompagner à leur demande.
Quant à lui, le CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) est un établissement public français chargé de conseiller, d’orienter et de développer la gestion durable des forêts privées. Il dépend du Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) et du ministère de l’Agriculture. Bien souvent, les propriétaires privés ne sont pas en mesure, faute de compétences adéquates, pour répondre aux exigences du CRPF.
Ce sont les entreprises comme Renessence qui s’occupe de gérer alors aussi la partie administrative à travers le document de gestion, une carte d’identité des forêts présentant une description des peuplements, leurs localisations, de quoi les parcelles sont constituées.
Le gestionnaire des forêts protège la forêt et la biodiversité
Contrairement à une idée reçue, il est plutôt rare que les gestionnaires de forêt fassent des coupes rases de parcelles, nous explique Alexandre Quincey.
Le CRPF, pour sa part, apporte des conseils sur les essences à planter pour assurer une biodiversité sur le territoire français. Mais à ce jour, les conseils ont peu évolué au regard des changements climatiques que l’on connaît.
Il existe deux types de propriétaires de forêt, pour : les forêts de production et les forêts de loisirs.
Le Morvan est souvent réputé pour ses résineux. Pourtant, Alexandre Quincey ajoute que de nombreuses parcelles abritent une belle diversité de feuillus.
Dans le Morvan, on note aussi que les surfaces des cadastres avoisinent en moyenne un demi hectare. C’est très petit. Cela réduit donc la possibilité de diversifier les essences sur une même parcelle. C’est pour cette raison que des propriétaires privés demandent des remembrements, afin de reconstituer des massifs et ainsi assurer une meilleure diversité des essences.
Les arbres face aux aléas climatiques
Dans la pratique, Alexandre Quincey constate que les résineux et les feuillus ont la même résistance au climat actuel. L’entreprise Renessence réalise des éclaircies dans les parcelles afin de permettre aux arbres plus forts de poursuivre leur croissance. Cela permet d’éliminer les arbres malades, faibles aussi, abîmés ou cassés.
Certains bois coupés sont ainsi utilisés pour faire du bardage, en coupe. En deuxième qualité, on aura des bois moins conformés. On réaliser du bois trituration pour le pellet par exemple.
Le but d’un gestionnaire de forêt est de faire le moins possible de bois de trituration, en prélevant au meilleur moment les bois de meilleure qualité. Sur les bois de deuxième qualité, les propriétaires gagnent moins d’argent.
A cause de la sécheresse, notre spécialiste observe qu’il y a de plus en plus de bois abîmés et qui perd de sa qualité. Les tas de bois de deuxième qualité sont de taille plus importante.
Conséquence pour limiter la production de bois de deuxième qualité, le métier évolue. Et les gestionnaires de forêts doivent passer plus souvent dans les parcelles pour avoir du bois de qualité.
Des changements d’essences à prévoir ?
Comme nous l’avons écrit plus tôt, à ce jour, le CRPF ne propose pas de nouvelles essences à planter pour enrayer les difficultés des propriétaires de forêt. Mais Alexandre Quincey est plus tranché : « il va falloir changer la manière de travailler. »
Et d’ajouter : « On essaie de repousser les révolutions. Le reboisement prend du temps. Et les jeunes plants sont susceptibles de casser ou de mourir à cause de la sécheresse. Pour moi, la bonne solution est de diversifier les plantations avec des essences plus adaptées. On a fait du pin maritime. Avec le cèdre, on a beaucoup de casse. L’acacia marche très bien. Mais dans les sols superficiels, cela ne marche pas. »
Concernant la gestion des forêts face aux incendies, notre professionnel constate qu’il n’y a pas assez d’infrastructures pour des accès pompiers. Autrement dit, certains propriétaires ne laissent pas d’accès pompier en cas de besoin ou mettent en place des barrières par exemple.
Au niveau de la sécurité incendie cet été, des arrêtés municipaux ont été pris pour limiter les exploitations forestières les après-midis afin de limiter les risques de feux.
Alexandre Quincey considère que pour assurer une meilleure sécurité face aux incendies de forêts, il « faudrait des accès supplémentaires pour les pompiers. Il faudrait que tout le monde travaille ensemble : les propriétaires privés, le CRPF et l’ONF. »
Une croissance actuelle difficile pour tous les plants
Dans les parcelles que nous visitons sur la commune d’Uchon, on constate aisément les difficultés d’adaptation des essences autochtones aux changements climatiques.
« Quand les cercles sont plus serrés sur l’extérieur, cela montre que soit les arbres sont trop serrés, soit le climat ne convient plus » explique Alexandre Quincey.
Pour les nouveaux plants, c’est souvent dans les 5-7 ans qu’il y a de la casse. Ces professionnels plantent vers mars-avril. Cette année, sur certaines parcelles, il y a eu 100 % de pertes. C’est dire les enjeux actuels de la sylviculture face aux changements climatiques et notamment aux sécheresses répétées.
Par ailleurs, « il faut composer avec le gibier. S’il n’y a pas de plans de gestion du gibier, s’il n’y a pas de chasseurs, il n’y a pas de forêt » ajoute Alexandre Quincey qui montre le rôle essentiel des chasseurs dans la préservation des forêts d’après lui.
Le plan de gestion, un document pour l’avenir des forêts
Outre les entretiens des forêts, Alexandre Quincey est amené à produire des plans de gestions pour les propriétaires privés. De quoi s’agit-il ? C’est un document de 40 pages, assez complet. Il cherche à répondre à la question : quel avenir cette forêt a-t-elle ? « Généralement, on donne un avis sur 15 ans. 10 ans, c’est trop court et 20 ans, c’est trop long. » ajoute notre spécialiste.
Quand on sait, que les forêts privées sont majoritaires sur le territoire et qu’un tiers de la France métropolitaine est boisée, c’est dire les enjeux pour le métier et pas que !
Concernant la diversité des essences, là-aussi le travail est complexe. En France, on n’a pas assez de grandes surfaces d’un seul bloc. En plus, à l’heure actuelle, la meilleure valeur sur le marché du bois revient aux douglas.
Qui surveille aujourd’hui les forêts face aux risques d’accident ou de feux ? La charge revient aux propriétaires. L’entreprise Renessence se renseigne pour sa part sur les assurances incendie. Car quand une forêt brûle, cela constitue aussi un manque à gagner important pour les propriétaires. Dans leur vie, ils ne feront couper leurs forêts qu’une ou deux fois.
Dans les parcelles, on voit aussi des chemins faits pour les passages des machines : ces chemins sont réfléchis pour éviter de blesser les racines des arbres.
Dans la gestion des forêts, on constate aujourd’hui un parc de forêts vieillissant. Il y a 100 ans, la France était moins boisée. C’est certes une bonne nouvelle. Mais aujourd’hui les propriétaires ne sont pas aidés financièrement pour planter, alors même que d’autres spécialités agricoles peuvent l’être.
Aujourd’hui les professionnels de la gestion forestière à travers le témoignage d’Alexandre Quincey expliquent les difficultés d’un secteur face aux sécheresses répétées. Les conséquences ne sont pas encore toutes connues. Et c’est au fil des saisons que l’étendue de ces conséquences pourra être connue. Dans les zones en altitude, les forêts sont davantage préservées que sur les parties basses du Morvan.
Au-delà des pertes pour les propriétaires, enfin, des arbres affaiblis constituent aussi des dangers pour les promeneurs avec des risques plus importants de casse que par le passé.
S’il y a des essais de plantations de nouvelles essences sur notre territoire, on en reste encore à un niveau expérimental. Il faudra sans doute encore de nombreuses années pour voir l’évolution des massifs forestiers dans notre région et en France métropolitaine.
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