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mardi 19 juin 2018 à 07:57

Limitation à 80 km/h (suite)

Chantal Perrichon : « le courage de prendre les bonnes mesures contre la mortalité routière »



 

 
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Instigatrice de la carte des routes les plus meurtrières en Saône-et-Loire parue hier ici même, la présidente de la Ligue contre la violence routière se félicite de la limitation à 80 km/h et regrette le retard de l’aménagement de la RCEA. Interview.

MontceauNews : Le conseil départemental de Saône-et-Loire a annoncé le 5 juin qu’il mettait sur la table une enveloppe de dix millions d’euros pour accélérer la mise à deux fois deux voies de la RCEA, pointée par la Cour des comptes fin mai. Que pensez-vous de l’accidentalité de cette route ?

Chantal Perrichon : Quand on voit un département qui veut améliorer ses infrastructures, on ne peut que s’en féliciter. La RCEA génère un énorme trafic routier. Face aux accidents, il faut jouer sur deux facteurs : la vitesse et l’infrastructure. L’un ne va pas sans l’autre. Les cartes publiées dimanche par la Ligue contre la violence routière recensant département par département les routes les plus meurtrières nous permettent d’observer que 50 % des tués dans des accidents routiers se retrouvent sur 15 % des routes concernées par la limitation à 80 km/h. Les travaux programmés depuis de nombreuses années sur cette tristement célèbre RCEA ont pris un retard hallucinant. On ne peut que regretter une guerre des budgets qui ne se terminent pas.

MontceauNews : Les cartes publiées dimanche département par département par la Ligue contre la violence routière ne représentent-elles pas une sorte de réponse à vos détracteurs ?

  1. P. : Ces cartes montrent juste la réalité, sur une durée longue de dix années. L’étude de l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR) publiée voilà quelques mois était déjà un premier pas, mais elle ne portait que sur trois ans, et les résultats n’étaient pas homogènes entre les départements. Nous, à la Ligue, avons travaillé sur une période plus longue : nos scientifiques bénévoles se sont penchées sur toutes les données au niveau local et national en un laps de temps très court. En trois mois, les cartes étaient prêtes à être publiées [le jour même de la publication du décret au Journal officiel du passage au 80 km/h, ndlr]. D’autres études suivront !

Oui, c’est une réponse à nos détracteurs, car depuis des mois, nous subissons des assauts divers et variés de leur part. Déjà en 2013, le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) avait priorisé la mesure du passage au 80 km/h dans l’objectif de sauver quatre cents vies. Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, n’avait pas osé l’appliquer, mais s’est retranché derrière la définition de quatre zones d’expérimentation sur des routes françaises. C’était une erreur de calcul phénoménal ! Et il a laissé la patate chaude à ses successeurs !

 

MontceauNews : Vous parlez « d’oser », « se retrancher », vous voulez dire qu’il faut du courage politique en matière de sécurité routière ?

  1. P. : Il est clair que si on veut des résultats – une baisse notable de la mortalité routière –, il est nécessaire d’avoir du courage ! Et ce courage-là, je pense que le Premier ministre Edouard Philippe en a eu et il a pris ses responsabilités. Il a nommé le préfet Eric Jalon conseiller technique affaires intérieures, que le professeur Claude Got et moi-même avons rencontré pendant trois heures sur la limitation à 80 km/h. Ce qui montrait l’écoute dont ce conseiller a fait part. Je n’ai pas été surprise quand, en décembre, le Premier ministre a commencé à en parler. Puis, en janvier, la mesure était sur la table. Ce qui va faire la différence en accidentalité, c’est le courage de l’homme qui veut faire ou pas…
IF

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