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mercredi 7 mars 2018 à 07:23

ASSISES DE SAÔNE-ET-LOIRE 

André Gosset : une figure du banditisme hexagonal. Il est "passé " par La Clayette !



 

 

 

Les bancs de la presse accueillent du monde, ce mardi 6 mars, pour l’ouverture d’un procès devant la cour d’assises de Saône-et-Loire. On va juger une « tentative de vol avec arme » au préjudice d’un résident de la Clayette le 12 mai 2014.

 

 

Dans le box, une figure du banditisme hexagonal. Un homme qui fut condamné à perpétuité en 1987, il avait 23 ans. Un des évadés de la centrale de Clairvaux en 1992. En cavale plusieurs fois, réincarcéré toujours. André Gosset, 53 ans, est tombé à la Clayette, pour « avoir fait le con », sur « un plan qui a foiré », après avoir reçu une cartouche de son propre fusil à canon scié dans le bide, mais non sans avoir rossé au préalable un vieil homme aveugle. C’est du moins ce dont il est accusé.

 

 

Trois accusés

 

 

André Gosset, assisté de maître Lépine, est seul dans le box, incarcéré, « à l’isolement depuis 4 ans ». Fabien G. – défendu par maître Ronfard-, né en 84 à Paray, et Franck R. – défendu par maître Mirek -, né en 86 à Moulins, sont tous deux placés sous contrôle judiciaire, l’un est accusé de destruction de preuves, l’autre de recel (une arme de poing). Pour le reste, l’auteur principal a toujours dit qu’il était accompagné, le 12 mai, chez monsieur L., mais il ne donnera pas de nom. Jamais.

 

 

 

La cavale d’André Gosset prend fin à la Clayette

 

 

 

Le 12 mai 2014 après 19h30, la médecin de permanence à la maison médicale de la Clayette appelle le CORG de Mâcon : un homme blessé par balle s’est présenté à elle. Il dit s’appeler André Gosset. L’homme est en cavale de la maison d’arrêt de Saint-Quentin Fallavier. Il avait eu une permission de sortir 3 jours en janvier 2014 pour se rendre au centre d’hébergement et d’insertion sociale de Nevers, et n’était pas revenu. Il dit aussi qu’il était hébergé à la Clayette chez Angélique C., autant le retenir car cette dame à la place si périphérique à l’ouverture du procès, devient au fil des heures un personnage central et décisif, si l’on en croit André Gosset.

 

 

Quelques éléments objectifs

 

 

 

Or l’accusé est difficile à croire tant les versions proposées au fil de l’instruction se succèdent et se ressemblent peu, une stratégie « particulière » voulue, dit-il, il s’en expliquera plus tard. Les éléments objectifs : il n’était pas seul, il était armé (un P38 et un fusil de calibre 16 à canon scié, chargé), il s’est rendu délibérément chez cette victime-là, il a été très gravement blessé par une cartouche de son fusil, la victime, assistée par maître Braillon du barreau de Mâcon, s’en est sortie avec 11 points de suture, un traumatisme durable et une amnésie de ce moment-là. Autre élément objectif : Angélique C. qui l’hébergeait, est sous curatelle renforcée depuis 2013.

 

 

 

La victime

 

 

La victime a un profil particulier elle aussi. Monsieur L. est âgé de 78 ans, il vit seul, il a une gouvernante qui vient l’assister en journée (sauf les week-ends), car monsieur L. a perdu la vue, tout aussi jeune qu’André Gosset quand il a pris perpète. En 1961, soldat engagé en Algérie, sergent à peine majeur, il a vécu l’horreur du véhicule qui saute sur une mine, tue deux hommes, en blesse une kyrielle. Il y laisse la vue. Il comparaît portant dûment ses décorations de guerre et sa légion d’honneur accrochées sur son blazer bleu marine.

 

 

Une rencontre improbable et sanglante

 

 

Qu’est-ce qui a mené les pas déterminés d’André Gosset, alors en cavale et montant le projet de « partir dans les Balkans, et de laisser mon passé derrière moi », chez ce vieil homme solitaire et quasiment reclus ? Cet homme fort d’un passé salué par Jean-Michel Ezingeard, avocat général de ce procès, « vous avez beaucoup donné pour votre pays, monsieur ».

 

 

 

Le hasard l’avait amené à la Clayette

 

 

En fin de matinée, André Gosset a la parole, et il la tient longtemps, pour raconter, « l’ambiance décontract’ » (sic) de la Clayette, sa vie d’homme qui se planque, qui a besoin d’argent (mais qui en avait), de papiers, « je n’avais pas de carte d’identité, impossible d’aller à l’hôtel sans ça, et maintenant se procurer de vrais-faux papiers est très difficile. Moi je ne fais pas partie, contrairement à ce qu’on a beaucoup écrit sur moi, du grand banditisme, alors j’ai pris des contacts à l’étranger, et j’attendais ». Une vie d’homme traqué, qui au moindre soupçon de menace file dormir en forêt, circule armé, reste sur ses gardes, et doit lier un minimum de relations. Le hasard l’avait amené à la Clayette, et, comme dans une histoire d’amour, le hasard va devenir une nécessité, à ceci près que l’histoire parle de prison, de cavale, et d’un homme qui vit selon les règles « de mon milieu », et qu’inévitablement ça se termine dans le sang, le sien et celui de l’ancien combattant.

 

 

 

« Je ne vis pas dans le même monde que vous »

 

 

 

L’accusé tient à raconter autre chose : une vie, la sienne, marquée, surdéterminée par une sentence qu’il n’a « jamais encaissée », la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité. Il tient, il en prévient la cour, à raconter ce destin qu’il dit n’avoir pas choisi, et qui l’a conduit à ne plus vivre « dans le même monde que vous ». « Dire que je ne supporte plus la société, c’est un euphémisme », « monsieur l’avocat général, on va se parler d’homme à homme, ma peau, elle est morte, ma vie, elle est foutue, parce que des gens, il y a 30 ans, m’ont mis perpétuité. »

 

 

 

Monsieur L. ne se souvient de rien

 

 

Ce qu’André Gosset, tout de noir vêtu, raconte aussi, c’est que « le braqueur, celui qui est habitué à fonctionner de la sorte », eh bien il est sans cesse confronté aux limites de ce fonctionnement, sans cesse rattrapé par elles, et les faits du 12 mai 2014 n’en sont qu’une démonstration de plus, si toutefois la démonstration était nécessaire. En effet, en toute fin de cette première journée de procès, l’accusé reprend la parole. Monsieur L. vient de témoigner de ce qu’il a vécu, « la frayeur de ma vie », réaffirmant qu’il ne se souvient de « rien » : « je n’ai pas entendu de coup de feu, pas senti d’odeur particulière, pas entendu de bruit, pas un mot, rien », et, sur cette scène gommée de la mémoire du vieil aveugle, André Gosset va planter une nouvelle version, et dévoiler pourquoi il est allé ce jour-là dans cette maison-ci et pas une autre. Il ne cherchait pas à voler, il montait mettre des choses au point.

 

 

« Cherchez la femme »

 

 

« Cherchez la femme », martèle toute la littérature policière. Angélique C. avait ému, pour ce qu’on en comprend, l’évadé en cavale. Pendant que d’une main celui-ci préparait son exil, de l’autre il a décidé de jouer au chevalier, mais selon ses règles. Angélique C. lui est apparu comme une femme dans la détresse, au moins matérielle, vivant dans un dénuement tel qu’André lui propose de l’argent pour payer son hébergement. « Noblement » dit-il, elle a refusé. « Noblement ».

 


Monsieur L., lui, à des années lumières de tout ça, avait recherché, de son côté, une dame de compagnie pour l’accompagner en voyage de temps en temps, et être là certains week-ends, parce que sa gouvernante habituelle n’était pas disponible les fins de semaine, et qu’il trouvait le temps « de plus en plus long ». Par l’intermédiaire d’une dame, il prend contact avec Angélique C. qui le rencontre chez lui. Elle ne fait pas l’affaire : elle n’a pas de permis de conduire, et une enfant encore petite. Monsieur L. dit que l’histoire s’arrête là.

 

 

Gosset va lui apprendre les manières, cagoulé et armé

Angélique C., elle, a raconté à André Gosset que monsieur L. lui avait téléphoné un soir après 22 heures, lui demandant de venir de suite. Lard ou cochon, André Gosset pense que tout cela est bien tendancieux, et qu’un vieil homme n’a pas à profiter ainsi de la situation. Bref, il va expliquer à ce monsieur que dans la vie, on ne se comporte pas n’importe comment avec les dames, et il y va « cagoulé et avec des armes chargées » lui rappelle opportunément l’avocat général.

 

 

Mais voilà qu’il se trouve face à quelqu’un d’aveugle… Il ne le savait pas, ne s’y attendait pas. Décontenancé (c’est lui qui le raconte), il pose son fusil sur la table, « je croyais avoir mis la sûreté » et s’éloigne « pour fumer une cigarette ». Lorsqu’il revient, l’ancien combattant s’est saisi de l’arme, André s’approche pour le désarmer, les deux coups partent. « Enculé » réagit André en lui assénant un coup du plat de la main, le vieil homme tombe. Le complice arrive, voit Gosset le ventre ouvert (lequel commence à ressentir une douleur effroyable), et ramassant le fusil, roue la victime de coups de crosse. « On est quitte », a dit Gosset au cours de l’instruction. « Quitte de quoi ? » renvoie monsieur L., toujours assis très droit et qui vit tout cela d’un monde qui n’est pas non plus le monde tout à fait commun, celui de la cécité.

 

 

 

« Et je saurai si elle s’est fichue de moi »

 

 

Avec force, gestes à l’appui, l’ancien légionnaire devenu bandit, rompu au coup de poing et à l’usage des armes à feu, mime une scène de combat et veut démontrer qu’il est « impossible » que le coup qui lui a ouvert les entrailles soit parti pendant que monsieur L. tentait de lui résister.
« Qu’on fasse venir Angélique C., répète l’accusé, et on le saura. Et je saurai si elle s’est fichue de moi. » Gosset dit alors qu’il a passé 4 ans à aller dans le sens décidé par d’autres, mais qu’il livre là la vérité, que s’il avait voulu voler cet homme-là, « franchement c’était simple », mais que la question n’a jamais été là. Il a voulu protéger Angélique au si doux prénom, avec des méthodes si violentes qu’il dit « se sentir mal, face à cet homme. J’ai jamais su qu’il était aveugle ».

 

 

 

Lard ou cochon ?

 

 

Il est temps de faire venir Angélique C. pour l’entendre, mais il est tard déjà et Fabien G., en proie à un alcoolisme virulent, à des problèmes de santé, et à un traitement médicamenteux qui le shoote, ne tient plus la distance. Maître Ronfard, son avocat, s’en inquiète ouvertement devant la cour. Angélique C., elle, se demande comment elle va rentrer à la Clayette à cette heure, et préférerait n’avoir pas à revenir demain matin, mais la cour peut l’y contraindre, son témoignage est indispensable.

 

 

Le timing est délicat : entre ce que lui diront les gens qui ont assisté à l’audience et ce qu’elle pourra en lire dans la presse, son isolement la journée entière dans une pièce réservée aux témoins ne sert plus à grand-chose, mais qui sait ? Peut-être la verra-t-on surgir, celle qu’à chaque procès l’on guette, l’on espère, l’on recherche : la vérité.

 

 

 

FSA

 

 

tribunal 2208172

 


 

 



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