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vendredi 28 juillet 2017 à 10:26

TGI Comparution immédiate 27/07/2017

TRIBUNAL - « Qui va s’occuper de mon chien ? »



 

Pauvre vieux. Non qu’il soit très âgé, il a 67 ans, mais son élocution, sa voix, son maintien : tout respire le malheur et la pauvreté. Ses revenus ? 200 euros d’aide au logement, et 210 euros d’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA).

La présidente lui demande s’il veut un délai pour préparer sa défense, il en a le droit en comparution immédiate. Son avocate se tourne vers lui, Yves P. se baisse et chuchote, mais on l’entend car le micro n’est pas loin : « Qui va s’occuper de mon chien ? »

Son conseil lui recommande d’accepter le jugement : elle n’aura pas davantage d’éléments à exposer plus tard.

Le 15 juin 2016 la police de Montceau intercepte Yves au volant : la voiture fait des zigzags sur la chaussée. Alcoolémie : 0,74 mg/l. C’était un jeudi, il se rendait aux restos du cœur.

Il recevra une convocation devant le tribunal correctionnel, mais voilà que le 16 juillet dernier, à Saint-Berain sous Sanvignes, où il vit dans un studio, accompagné par l’association le Pont, les gendarmes le récupèrent accidenté, voiture dans le fossé. Alcoolémie : 1,06 g/l. Les gendarmes découvrent alors que son permis avait été suspendu, et le procureur voit qu’il est en état de récidive légale : condamné pour conduite sous l’empire de l’alcool en 2016.

Il y a, outre les difficultés propres à Yves, un problème familial : Yves a travaillé 40 ans comme agriculteur, « on avait réussi à avoir jusqu’à 300 bêtes, mais depuis que je suis parti, ils ont tout vendu, les bêtes, les terrains, tout. » Tout sauf la ferme dans laquelle son épouse vit encore. Yves a été condamné 3 fois pour violences sur conjoint, il est encore sous main de justice, le suivi mise à l’épreuve n’est pas fini. Sa période d’incarcération l’a mené à Sevrey mais aussi au Vinatier à Lyon.

L’association le Pont, le juge d’application des peines, le conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, les restos du cœur, un psychologue et un médecin : il y a du monde autour d’Yves, et pourtant il crève de solitude dans sa campagne dont Montceau est si proche mais si loin quand on ne peut circuler par soi-même. Solitude sans moyens avec une grosse envie de crever tout court. « Il a fait plusieurs tentatives de suicide, développe Maître Grenier-Guignard. Il en a même fait à Sevrey, inscrit à l’atelier pour s’occuper des chevaux il a essayé de se pendre avec les cordelettes qui enserrent les bottes de paille. Il a essayé aussi en se piquant avec des doses fortes d’insuline, il est diabétique. L’association le Pont et le CPIP voudraient le protéger et l’aider en le mettant sous curatelle mais il résiste. Il ne voit plus sa femme et ses enfants, il en souffre. Son isolement est insupportable, et c’est compliqué de faire les trajets pour aller voir le psychologue. Il a une fragilité dont je vous demande de tenir compte. »

Pas de transport public à Saint-Berain sous Sanvignes, mais pas moyen de manger sans les restos du cœur, l’alcool pour s’étourdir, le front plissé, le regard triste, des accès de violences qui l’ont reclus, et plus grand-chose pour vivre, à l’extérieur, et à l’intérieur : « Monsieur le tribunal a entendu les propos inquiétants de votre avocate et aussi du CPIP. Vous ferez l’objet d’une surveillance particulière à Varennes, je demande aussi à l’escorte de relayer ce message. »

Yves est condamné à 15 mois de prison (6 mois aujourd’hui + révocation du sursis de 2014), à 6 mois de sursis avec suivi mise à l’épreuve de 3 ans, annulation de son permis de conduire, il devra attendre 1 an pour le repasser. Yves est incarcéré immédiatement (mandat de dépôt).

Revient alors comme une vague qui s’écrase sur des rochers, la question qu’Yves ne pose plus : « Qui va s’occuper de mon chien ? »

 

Florence Saint-Arroman

 

 

Tribunal Chalon 11 07 17



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